Une maison s’offre ouverte, débarrée, prête à accueillir qui veut se réchauffer ou dormir, simplement. Tombent de ce calendrier d’hiver quelques poèmes blancs – avec la neige, les yeux et le soir –, s’enchaînent une série de petites pièces ciselées que Sébastien Dulude a voulu glaciales dans leur forme et chaudes dans leur langue. Les engelures, le vin chaud, les tuyaux gelés, le calorifère, la buée, la tempête : ouvert l’hiver dessine ces images connues de notre imaginaire nordique, de part et d’autre de fenêtres brillantes, au bord desquelles le sujet hésite.
Ces poèmes, délicats mais sonores, obsessivement ficelés, aspirent à confondre beauté et rudesse, chaleur et malaise, dans une intimité teintée d’ambiguïté.
Né à Montréal en 1976, Sébastien Dulude a grandi dans le quartier Mitchell à Thetford Mines de six à seize ans. Écrivain et éditeur, il est l’auteur de trois recueils de poésie dont ouvert l’hiver (La Peuplade, 2015). Amiante est son premier roman.
La Peuplade publie cet hiver dans leur collection «Poésie» une oeuvre de circonstance avec le temps froid qui ne semble pas vouloir nous quitter. ouvert l’hiver est le deuxième recueil de Sébastien Dulude et nous offre une suite de courts tableaux où les souvenirs d’une femme côtoient les bourrasques de vents et les bordées de neige.
Un homme se retire dans une maison froide, et tente de se remémorer autant que d’oublier celle qui, un jour, habita sa vie. Dulude joue avec l’hiver d’une manière forte, parfois on le sent s’éprendre de l’homme, et le rejeter, tout comme cette femme qui un jour l’aima. Pris à la suite, les poèmes se succèdent en un souffle fort et narratif, et le lecteur en ressort conquis. Pris un à un, les courts poèmes poussent à la réflexion et à l’introspection. Qui connaît l’hiver québécois sait ce qu’il peut avoir comme effet sur l’esprit et sait qu’il habite l’univers collectif de chacun. Et ingénieusement, ce sont ses sensations que vient réveiller la poésie de Dulude.
Malgré tout ce froid, on sent beaucoup de chaleur dans les souvenirs de l’homme et une certaine résiliation face à ce qui a été. Le beau de la chose, c’est qu’il a toujours l’hiver, et le froid, et la glace pour le faire sentir vivant, pour le convaincre qu’il demeure en vie, et pour le consoler, l’hiver reviendra toujours.
Extrait:
la neige tombe c’est l’hiver ordinaire saison des ombres blanches
et tu es arrivée avec la bourrasque annoncée tu as tout arraché : les draps et le prélart les portes tu es repartie mais la neige est restée.
Ce recueil de poèmes de Sébastien Dulude est paru avant le succès du roman Amiante. Il y raconte une relation entre deux personnes le temps d’un hiver, avec ses hauts et ses bas. Servant un temps à se réchauffer et à briser l’isolement, cette relation s’étiolera à mesure que l’hiver cédera sa place au printemps.
Plusieurs procédés stylistiques sont utilisés par le poète au fil des pages afin de montrer cette progression dans la relation, que ce soit par l’utilisation de champs lexicaux différents, ou encore par le mouvement des poèmes d’une page à l’autre, alors que ceux-ci sont imprimés toujours plus bas dans la page à mesure que se développe la relation.
J’ai beaucoup aimé rencontrer la poésie de Dulude, que je n’avais croisée qu’à de rares moments. J’avais beaucoup aimé Amiante (comme tout le monde, semble-t-il!) et je n’ai pas été déçu par Ouvert l’hiver. J’ai bien hâte de lire les prochaines œuvres que cet auteur proposera.