Une étude complète, à tout le moins multidimensionnelle, des débuts de la IIIème République. Face aux mythes qui entourent cette période, AD Houte montre que cette République n'était pas un régime bien identifié dès le départ, avec son corpus de principes stables ; au contraire, elle s'est définie peu à peu, en marchant et en s'adaptant, ce qui lui a permis de ne pas braquer les oppositions et de rallier peu à peu toutes sortes de courants. L'auteur souligne que la victoire de la République ne s'est pas seulement jouée à Paris mais aussi dans les communes, avec l'action des maires, et qu'autant que les principes politiques, les efforts d'équipement, d'organisation, la propagation de l'hygiène, ont rendu le nouveau régime concret pour les Français. L'auteur voit une "preuve" de la réussite de cet ancrage dans le succès de la mobilisation de 1914, qui a montré l'efficacité administrative et ferroviaire du système, l'absence d'opposition réelle révélant de son côté l'adhésion au moins passive au régime. Il n'hésite pas à se montrer iconoclaste en montrant que beaucoup de ce que l'on présente comme les innovations de la IIIème République avait été commencé sous le régime précédent et que cette république a surtout été pédagogue et propagatrice. Malgré une prodigieuse densité d'informations, le style est vif et enlevé. Il est intéressant de rapprocher cet ouvrage de celui de Michel Winock, la Belle Epoque, qui prend plutôt pour fil rouge "ombres et lumières de cette époque si célébrée". Les différences de regard, le fait par exemple que Winock valorise beaucoup Waldeck-Rousseau dont Houte parle peu et de façon nuancée, montre la richesse des interprétations que l'on peut faire de cette période foisonnante. Dernière chose : AD Houte cite beaucoup de travaux d'historiens, parmi lesquels de nombreuses historiennes. Total respect.