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L'Homme de Cour

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Extrait : Tout est maintenant au point de sa perfection, et l’habile homme au plus haut. Il faut aujourd’hui plus de conditions pour faire un sage, qu’il n’en fallut anciennement pour en faire sept ; et il faut en ce temps-ci plus d’habileté pour traiter avec un seul homme, qu’il n’en fallait autrefois pour traiter avec tout un peuple. L’esprit et le génie. Ce sont les deux points où consiste la réputation de l’homme. Avoir l’un sans l’autre, ce n’est être heureux qu’à demi. Ce n’est pas assez que d’avoir bon entendement, il faut encore du génie. C’est le malheur ordinaire des malhabiles gens de se tromper dans le choix de leur profession, de leurs amis, et de leur demeure. Ne se point ouvrir, ni déclarer. L’admiration que l’on a pour la nouveauté est ce qui fait estimer les succès. Il n’y a point d’utilité, ni de plaisir, à jouer à jeu découvert. De ne se pas déclarer incontinent, c’est le moyen de tenir les esprits en suspens, surtout dans les choses importantes, qui font l’objet de l’attente universelle. Cela fait croire qu’il y a du mystère en tout, et le secret excite la vénération. Dans la manière de s’expliquer, on doit éviter de parler trop clairement ; et, dans la conversation, il ne faut pas toujours parler à cœur ouvert. Le silence est le sanctuaire de la prudence. Une résolution déclarée ne fut jamais estimée. Celui qui se déclare s’expose à la censure, et, s’il ne réussit pas, il est doublement malheureux. Il faut donc imiter le procédé de Dieu, qui tient tous les hommes en suspens. Le savoir et la valeur font réciproquement les grands hommes. Ces deux qualités rendent les hommes immortels, parce qu’elles le sont. L’homme n’est grand qu’autant qu’il sait ; et, quand il sait, il peut tout. L’homme qui ne sait rien, c’est le monde en ténèbres. La prudence et la force sont ses yeux et ses mains. La science est stérile, si la valeur ne l’accompagne. Se rendre toujours nécessaire. Ce n’est pas le doreur qui fait un Dieu, c’est l’adorateur. L’homme d’esprit aime mieux trouver des gens dépendants que des gens reconnaissants. Tenir les gens en espérance, c’est courtoisie ; se fier à leur reconnaissance, c’est simplicité. Car il est aussi ordinaire à la reconnaissance d’oublier, qu’à l’espérance de se souvenir. Vous tirez toujours plus de celle-ci que de l’autre. Dès que l’on a bu, l’on tourne le dos à la fontaine ; dès qu’on a pressé l’orange, on la jette à terre. Quand la dépendance cesse, la correspondance cesse aussi, et l’estime avec elle. C’est donc une leçon de l’expérience, qu’il faut faire en sorte qu’on soit touj ours nécessaire, et même à son prince ; sans donner pourtant dans l’excès de se taire pour faire manquer les autres, ni rendre le mal d’autrui incurable pour son propre intérêt.

156 pages, Paperback

First published January 1, 1647

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About the author

Baltasar Gracián

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Baltasar Gracián y Morales, SJ, formerly Anglicized as Baltazar Gracian, was a Spanish Jesuit and baroque prose writer and philosopher. He was born in Belmonte, near Calatayud (Aragón). His proto-existentialist writings were lauded by Nietzsche and Schopenhauer.

The son of a doctor, in his childhood Gracián lived with his uncle, who was a priest. He studied at a Jesuit school in 1621 and 1623 and theology in Zaragoza. He was ordained in 1627 and took his final vows in 1635.

He assumed the vows of the Jesuits in 1633 and dedicated himself to teaching in various Jesuit schools. He spent time in Huesca, where he befriended the local scholar Vincencio Juan de Lastanosa, who helped him achieve an important milestone in his intellectual upbringing. He acquired fame as a preacher, although some of his oratorical displays, such as reading a letter sent from Hell from the pulpit, were frowned upon by his superiors. He was named Rector of the Jesuit college of Tarragona and wrote works proposing models for courtly conduct such as El héroe (The Hero), El político (The Politician), and El discreto (The Discreet One). During the Spanish war with Catalonia and France, he was chaplain of the army that liberated Lleida in 1646.

In 1651, he published the first part of the Criticón (Faultfinder) without the permission of his superiors, whom he disobeyed repeatedly. This attracted the Society's displeasure. Ignoring the reprimands, he published the second part of Criticón in 1657, as a result was sanctioned and exiled to Graus at the beginning of 1658. Soon Gracián wrote to apply for membership in another religious order. His demand was not met, but his sanction was eased off: in April of 1658 he was sent to several minor positions under the College of Tarazona. His physical decline prevented him from attending the provincial congregation of Calatayud and on 6 December 1658 Gracián died in Tarazona, near Zaragoza in the Kingdom of Aragón.

Gracián is the most representative writer of the Spanish Baroque literary style known as Conceptismo (Conceptism), of which he was the most important theoretician; his Agudeza y arte de ingenio (Wit and the Art of Inventiveness) is at once a poetic, a rhetoric and an anthology of the conceptist style.

The Aragonese village where he was born (Belmonte de Calatayud), changed its name to Belmonte de Gracian in his honour.

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Profile Image for Un Livre.
65 reviews3 followers
July 1, 2018
L’Homme de cour est un livre écrit par Baltasar Gracian. D’origine espagnole, Baltasar Gracian dépeint à travers 300 maximes, l’art de jouer de la diplomatie et de la politique au sein de la Cour d’Espagne. Ce livre a été adapté en français pour Louis XIV.

Ce manuel est un réel coup de coeur pour ceux qui souhaitent mieux s’adapter dans le monde professionnel.

Analyse de l'Homme de cour
Profile Image for Dina Rahajaharison.
1,007 reviews17 followers
May 21, 2014
"Savoir refuser est d'aussi grande importance que savoir octroyer ; et c'est un point très nécessaire à tous ceux qui commandent."
Displaying 1 - 2 of 2 reviews

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