Le nouveau film de Denis Côté, librement inspiré du roman de Laurence Olivier, arrive en salles le 15 février. Pour l’occasion, Les Herbes rouges republient le roman avec une jaquette aux couleurs du film.Dans un village à l’agonie, un accident de voiture inexpliqué cause la mort d’un jeune homme. Comme si des éclats du pare brise, projetés au loin, avaient égratigné d’autres vies au passage, un silence froid s’abat sur toute une communauté. Alors que le deuil et le brouillard s’installent, le temps flotte. Des liens ténus se tissent et se défont à mesure. Une étrangeté, dont on ne saurait nommer la cause, persiste.
Laurence Olivier publie son premier roman, Répertoire des villes disparues, cet automne aux Éditions Les Herbes rouges, un premier roman étonnant et envoutant mettant à l’avant-plan des scènes du quotidien racontées avec une certaine mélancolie. En alternant les fragments narratifs avec des poèmes qui viennent soit appuyer la fiction, soit la nourrir, Olivier a su créer un livre étonnant qui porte le lecteur aux limites de « l’ordinaire », un endroit qu’elle a su exploiter avec brio.
Un couple est invité à fêter chez une collègue de travail et l’invitée s’interroge sans fin sur le déroulement de la soirée. On visite en alternance Camille et Pierre, un autre couple qui s’interroge chacun de leur côté sur l’avenir de leur amour. D’autres personnages aussi évoluent, en périphérie, où d’autres drames se trament, où d’autres échecs se préparent. Sur un ton simple et lucide, Laurence Olivier a su poser les jalons d’une prose du quotidien et son souci du détail a créé un tableau authentique des songes et des angoisses qui peuvent habiter chaque être humain.
Autre point particulièrement bien tourné du roman : la présentation des régions, l’hiver surtout, quand tout est au ralenti, quand les déneigeuses ne passent pas aussi souvent qu’elles le devraient, quand les habitants sont cernés et dénaturés, quand les habitants sont vivants. Elle réussit à rendre le tout poétique et vrai. Les régions ne deviennent pas un lieu de « recherche » ou un lieu de ressourcement, à l’instar de la représentation qu’en font plusieurs auteurs en fiction contemporaine. Les milieux ruraux sont ce qu’ils sont, des lieux habités et définis par ceux qui les peuplent, parfois fragiles, parfois maussades, toujours vrais. Bravo à Laurence Olivier pour ce beau premier roman poétique et audacieux qui on l’espère, saura accrocher le cœur de plusieurs lecteurs.
Extrait:
« Elle trouve une boîte de soupe aux pois dans le garde-manger. Elle fouille dans les tiroirs à la recherche de l’ouvre-boîte. Elle le trouve sur le comptoir. Elle lit les instructions sur l’étiquette : « Ajouter une pleine boîte d’eau, réchauffer et servir. » Ça éclabousse : des gouttes jaunes sur la cuisinière blanche. Camille prend une cuiller et remue le contenu de la casserole. Elle pense : maintenant il est trop tard pour partir. Elle se demande : c’est pour ça qu’on reste? »
Absolument bouleversant, je comprends que ce livre soit devenu une adaptation cinématographique. La précision des mots choisis, chacun à sa place, nous catapulte dans le récit. Un des meilleurs livres que j’ai eu la chance de lire dans les dernières années, qui m’a rappelé avec bonheur et nostalgie "le jeu de la musique"
Un roman par fragment où les personnages d’un petit village triste s’entremêlent dans une existence morne. Un de ces romans où la beauté des mots côtoie la tristesse des personnages.
Un petit roman structuré de façon intéressante avec de très courtes sections entrecoupées de prose. Je n'ai jamais lu un livre qui rendait de façon aussi intense et vraie le thème peu exploité du malaise, des petits malaises du quotidien aux grands malaises qui déchirent une famille ou des amis. C'est un peu sombre et « coupé carré », la narration est utile, brute et précise, sans flafla. Les passages de prose ajoutent un petit quelque chose, bien que je n'ai pas toujours su faire de liens entre cela et le reste du livre. J'ai bien hâte de voir comment cela a été rendu dans le film de Denis Côté, sorti cet hiver.
c'est peut-être teinté par le fait de l'avoir côtoyée un peu, dans une autre vie, mais j'ai eu l'impression de retrouver son sens de l'observation, sa sensibilité pour la quotidienneté, reflétée avec assez de réalisme - et de bienveillance - pour nous faire nous demander si tout ça, c'est vraiment satisfaisant.
J’ai aimé que les extraits de vie soient entrecoupés de poésie, qui est magnifique! C’était un peu difficile de s’attacher aux personnages tellement on sautait d’un à l’autre. L’effet de « balayage » de la ville est réussi. Je pense que c’était l’objectif de l’autrice.