Cette critique est pour les deux volumes. Les frères Karamazov nous raconte l’histoire d’une famille russe au 19ème siècle. On y trouve le père qui est un grand jouisseur, qui n’est intéressé que par ça par ailleurs et qui ne s’occupe absolument pas de ses fils. Il y a le fils aîné d’un premier mariage, Mitia, qui a le vice de son père, mais qui est conscient de ses défauts. Ivan, grand penseur philosophique et athée. Aliocha, l’inverse, un grand sage croyant, très futé aussi, mais différemment. Et le fils illégitime, Smerdiakov. Dans cette œuvre, Dostoïevski est au sommet de son art, d’ailleurs ce livre est d’une telle complexité que je ne saurais rien que nommer ses principales thématiques. Alors je vais simplement donner mon avis et mon expérience avec ce livre. Indéniablement, ce n’est pas simplement un roman ni une enquête policière, mais un livre philosophique. L’auteur pose énormément de grandes questions existentielles qui, dans mon cas, m’ont complètement parlé et captivé, j’entends par là l’existence de Dieu en premier temps. Qui est la grande question qui torture Ivan, ce qui donne son fameux passage de l’inquisiteur qui est à mes yeux l’un, voire mon passage préféré de toute l’œuvre. Dans ce passage, on nous montre toute la contradiction de Dieu d’avoir donné à l’homme la liberté la plus totale, mais aussi cette dernière est désignée comme le pire défaut de l’homme et on nous décrit ainsi, vendu comme une utopie, un régime totalitaire où on nous retire cette liberté. Et dans ce passage, on nous vend de manière crédible que l’on pourrait réellement demeurer heureux sans notre liberté, alors même que dans notre société c’est invraisemblable de penser ça. Ce passage de l’inquisiteur m’a réellement marqué pour ma part. Mais bref, c’est pas tout le livre ça. Ensuite, je pourrais parler du personnage de Zosime qui, par une affirmation, pose une grande question existentielle aussi. Il dit entre autres que nous sommes tous responsables du malheur d’un autre. C’est une affirmation qui m’a paru dans un premier temps abjecte, mais encore là, l’auteur revient tout du long de son livre à cette affirmation en nous mettant des faits tout à fait plausibles qui affirment ces dires. Dans une mesure bien différente, mais tout de même. Une chose qui m’a marqué après lecture, c’est d’avoir appris que Dostoïevski n’était pas athée, mais orthodoxe. Alors que dans l’œuvre il nous donne tant de pistes sur la non-existence de Dieu. Prenons Ivan, dans la même partie que l’inquisiteur, nous donne sa thèse sur Dieu. Il dit : je ne peux pas prouver que Dieu n’existe pas, mais donc soit, il existe, mais alors dans le monde qu’il a créé, il laisse des enfants, des êtres encore innocents de toute chose, souffrir et mourir, et il donne des exemples. Et ainsi, même si Dieu existe et qu’il y a un paradis, mais moi, le billet pour le paradis, je le refuse, car je ne suis pas en accord avec ce monde qui permet ça, et permettre ça n’apporte absolument rien à ce monde. Une fois de plus, moi, athée, ce passage m’a complètement parlé et, à ce moment comme à plein d’autres, m’a laissé sans voix et m’a fait drôlement cogiter. Autre thématique qui a inspiré Nietzsche d’ailleurs, c’est la mort de Dieu ainsi que l’homme-dieu, donc l’homme qui se serait créé ses propres valeurs à la suite de l’abandon de Dieu. C’est un thème où j’ai tout de même moins de souvenirs et de compréhension, mais qui m’a pour autant autant marqué quand il apparaît plusieurs fois dans l’œuvre. D’ailleurs, encore une fois, ce thème est abordé par Ivan, ce qui, je crois, en fait clairement mon personnage préféré. Pour revenir à l’histoire, on a donc Mitia qui est accusé du meurtre de son père. Et là, une nouvelle fois, une grande question du livre : à quel point un homme bien peut faire le mal et où est la frontière entre ces deux opposés pour décrire une personne ? Cette question encore est valable pour tous les personnages et j’oublie aussi la responsabilité. Prenons Grouchenka, toute la première partie du livre, elle est vilaine, manipulatrice, grossière, on apprend finalement que tout ça est sûrement dû à son premier amour qui l’abandonne et que cela l’a vraiment torturée. Finalement, grâce à Aliocha, elle se réveille et tend à devenir meilleure tout en gardant sa personnalité. Ainsi, peut-on toujours la qualifier de mauvaise et même si elle l’était auparavant, quel est son degré de responsabilité puisque elle n’est pas née comme ça, mais que l’action d’un autre l’a poussée en ce sens ainsi que tout son passé à elle. Revenons à Mitia, le grand accusé, il a donné tous les signes qu’il tuerait son père car il est plein de défauts que je ne vais pas énumérer là. Mais tout de même, il haïssait son père, le battait, voulait publiquement sa mort et voilà qu’il meurt et que Mitia était sur la scène de crime. Et finalement, à la fin de l’œuvre, il est désigné coupable du meurtre. Mais même innocent, la question se pose de sa responsabilité, et celle des jurés aussi dans le condamnement d’un homme innocent. Comment leur en vouloir, n’étant pas sûrs des faits ? Bref, je divague, je n’arrive pas à bien retransmettre ça. Du coup, on apprend que le vrai tueur, c’est Smerdiakov, mais qu’il ne l’a pas fait complètement seul, car lui aussi, grand penseur, pensait que dans une discussion avec Ivan, ce dernier, qui méprise complètement Smerdiakov, lui avait donné le feu vert pour le meurtre du père. Or, ce dernier, apprenant ça après les faits, alors même qu’innocent et athée et donc non d’accord avec l’affirmation du Staret Zosime, se voit pris d’une immense culpabilité et se croit maladivement responsable du meurtre de son père. Encore une fois, Dostoïevski nous met sous les yeux tant de contradictions, mais tout à fait plausibles. Ivan, qui traverse à ce moment-là la partie avec son diable, qui est super, pareil, tellement intéressante, qui traite encore de l’existence de Dieu ainsi que si le diable existe, Dieu existe-t-il nécessairement aussi ? (mdr) L’installation du doute et que ce doute est une « graine » pour la foi. Bizarrement, je me surprends moi-même à ne pas parler plus d’Aliocha, alors même que personnage principal de l’œuvre. Sûrement expliqué par sa grande sagesse et le fait qu’il n’en sort jamais, mais que finalement c’est les autres personnages au contact de lui qui forment des passages très intéressants. Il y a aussi le passage du petit Kolia et même celui des petits enfants qui est encore très intéressant sans m’avoir parlé directement fortement dans ses thématiques. On en vient finalement à la fin du livre dans l’épilogue. Et alors là, j’ai adoré, on a une œuvre pleine de grandes questions philosophiques, de théories, de thèses complexes et voilà que le livre se termine par un moment des plus humains, celui du deuil et d’un moment de convivialité entre des jeunes amis réunis autour de cet être perdu et qui affirment que cela, ils ne l’oublieront jamais, j’ai lâché ma larme forcément. Je pense avoir dit pas mal de ce que le livre m’a fait, c’est pas une critique, voire même pas une critique finalement, mais plus un étalage de ce que m’a procuré cette œuvre et c’est très personnel. Mais que dire à part que ça a été un plaisir fou de le découvrir, de cogiter sur toutes ces questions existentielles qui me parlaient, que réellement j’ai un avant et un après ce livre dans ma vie et que je ne tombe qu’encore plus amoureux de cet auteur et vais, je crois, me faire tous ses romans et nouvelles. D’ailleurs, je prendrai, je pense, toujours de ce traducteur, André Markowicz, qui est, si j’en crois les critiques, le plus retranscripteur de la langue russe et ça, je veux bien le croire, car c’est vrai que le français est écrit très spécialement et je sais que beaucoup n’ont pas aimé. Pour ma part, cela ne m’a absolument pas dérangé, au contraire, alors je continuerai avec lui. Bref, il mérite mille fois les 5 étoiles. Un pur bonheur. Après relecture je confirme que c'est très personnel et brouillon mais pas grave.