Probablement le pire livre que j’ai lu en 2022. J’ai rarement vu un auteur contredire sa thèse si souvent dans un essai sans même s’en rendre compte. Steve Gagnon vit sa propre version ennuyante et répétitive du docteur Jekyll et Mr. Hyde, affirmant d’un côté que sa conjointe, Claudiane, est une femme forte et indépendante, son roc, qu’on doit abattre les stéréotypes de genre pour ouvrir la voix aux différents formes d’expression; de l’autre, il insiste tout de même sur son désir paralysant d’être viril, de protéger l’élue de son coeur autant que possible, de tout lui donner par amour pour elle et d’être un homme fier sur qui elle pourra compter. On dirait que sa thèse est si vague dans son esprit que l’auteur ne parvient pas à s’en tenir à un point de vue cohérent à travers le texte. Dans cette même veine de confusion, l’auteur est également inconsistant dans ses visions sur le féminisme. Non seulement il réduit le féminisme à un cliché extrémiste fermé à la participation des hommes, un homme de paille souvent utilisé par les hommes fermés d’esprit pour discréditer un mouvement qui leur déplaît sans apparaître pour les misogynes qu’ils sont vraiment, mais il impose des standards plus élevés aux femmes, groupe oppressé dans la situation, qu’aux hommes. En effet, Gagnon trouve le mouvement féministe trop fermé et difficile d’accès POUR LES HOMMES (ironique, n’est-ce?), mais il renchérit que les problèmes des hommes devraient recevoir d’avantage d’attention de la part des femmes, dans son essai qui prétend s’intéresser aux questions de genres mais qui me mentionne jamais la condition féminine outre quelques commentaires dédiés exclusivement à sa copine, commentaires d’ailleurs généralement centrés sur ce qu’ils veulent dire sur la condition masculine, plutôt que de reconnaître les massifs tords institutionnels dont les hommes sont la cause, la victime autant que le bénéficiaire.
C’est sans mentionner le style lourd et tronqué qu’il utilise à travers le texte, selon moi autant de métaphores pour cacher son manque de substance ou de solution concrète. « Abattons les usines désaffectées des stéréotypes, plantons du thym partout et regardons les espaces surélevés afin d’éviter de voir que je n’ai aucune solution réelle à proposer, encore moins une seule idée originale. » Je serai un territoire fier et tu déposeras tes meubles est un texte d’entrée en matière de questions de genre, il n’a rien de profond, de scientifique ou d’innovant; il devrait au moins servir à introduire la question à ceux qui n’y connaissent encore rien. Malheureusement, le style tarabiscoté et les réclames de Gagnon n’ont rien pour attirer une audience d’adolescents, pourtant la plus à même de trouver une utilité à un livre qui est plus le récit bien trop personnel d’une crise identitaire qu’un réel traité sur la virilité et le genre masculin.
En somme, un flop massif de la part d’un homme à l’ego surdimensionné doublé d’un complexe de la victime; ne perdez pas une seconde avec ce livre si vous pouvez l’éviter et allez lire Simone de Beauvoir.