Assez divertissant, surtout les 100 dernières pages où les événements s’accélèrent. Mais ce roman fait défaut à plusieurs niveaux. Premièrement, et cela concerne toutes les histoires science fiction de type "space opera" (Star Trek, Star Wars, etc), il y a une question qui se pose toujours: comment des humains non-augmentés peuvent traverser le vide interstellaire et occuper des centaines de milliers de mondes à travers la galaxie? Si on prend en considération tous les obstacles au voyage interplanétaire et interstellaire (radiation cosmique, énorme distance, énergie de propulsion, ravitaillement, etc), et au vu des développements technologiques actuels qui semblent mener inexorablement vers la Singularité, je vois trop mal comment les "humains" post-conquête spatiale pourrait nous ressembler physiquement et psychiquement autant qu'il est décrit dans l'univers de l'Histrion+Sexomorphoses. Même les Taj-Ramans qui usent de la télépathie, et de la manipulation génétique pour se reproduire (étant toutes de sexe féminin), gardent les mêmes tendances psychiques et les mêmes faiblesses que n'importe quel individu humain actuel (en principe, elles devraient être capables de s'augmenter rien qu'en faisant des manipulations sur leurs gènes, et en sélectionnant soigneusement leurs fétus de génération en génération). Bien évidemment, il serait quasiment impossible de raconter une histoire d'une humanité post-Singularité, par définition. Et c'est pourquoi il fallait donner une bonne justification pourquoi cet événement prophétisé par les gourous du mouvement de transhumanisme, ou bien ne pouvait pas avoir lieu, ou bien prenait considérablement plus de temps que prévu pour qu'on y parvienne. Il existe bien sûr plusieurs solutions possibles, mais aucune allusion ne semble avoir été faite à aucune d'entre elle. La plus simple explication faite dans ce sens est celle de Dune, où des siècles avant les événements du premier roman, un tabou absolu s'est établi sur la manipulation directe des gènes, et sur l'utilisation de "cerveaux artificiels", et donc la Singularité ne pouvait plus se produire, puisque ses deux voies principales (augmentation biologique et IA), et leur combinaison (interface cerveau-machine) sont bloquées. Cette explication ne colle pas malheureusement pas avec l'univers d'Ayerdhal où ces deux types de technologies semblent d'usage commun, quoique sous des formes inexplicablement affaiblies.
Mais même si on oublie ce "petit" problème, on trouve aussi la faiblesse de la caractérisation des individus et des communautés qui figurent dans ce roman. Mis à part quelques traits décrits explicitement dans le texte, il n'y a vraiment pas de différences entre les individus provenant de planètes supposées être culturellement différentes, même plus qu'un chinois, un saoudiens et un suédois dans notre réalité (ils parlent tous français?). Leurs personnalités sont aussi pour la plupart assez superficielles, et leurs actions et réactions souvent ne reposent pas sur des faits palpables dans leurs passés, dont on ne connait que des bribes.
En gros, c'est pas mal comme lecture pour passer quelques soirées si on a pas mieux à lire, mais c'est bien en-dessous du niveau des maîtres de la science fiction anglophone comme Asimov ou Frank Herbert.