Ce n'est pas a priori le type de livres que je lis habituellement, mais j'ai été surprise de m'y découvrir de nombreux points communs (bien que les différences soient encore plus nombreuses) avec cette autrice reconnue qu'est Gabrielle Roy. Ce long récit sur son parcours de jeunesse, et dans lequel elle a souvent réussi à puiser de l'inspiration pour ses écrits, ce long apprentissage vers l'écriture...
En refermant ce livre, j'ai le goût de relire Bonheur d'occasion, mais également de découvrir le reste de l'oeuvre. Je pourrais bien relire ce livre dans quelques années.
Je dois dire que ce récit porte très bien son titre, car la détresse et l'enchantement y sont constamment emmêlés. La jeune Gabrielle passe sans cesse de l'un à l'autre au fil de ses aventures, et se retrouve même parfois coincée entre ces deux sentiments contradictoires et forts!
Ainsi, la détresse c'est la pauvreté, parfois extrême, la maladie, la mort, la difficulté de communiquer vraiment avec ceux que l'on aime, la vie dans une collectivité minoritaire, la lutte acharnée pour conserver sa langue, sa culture, c'est le sentiment d'avoir une voie toute tracée à laquelle on ne peut échapper, de travailler fort pour atteindre ses objectifs, aussi fous soient-ils, c'est l'éloignement dans le temps et l'espace, c'est le dur chemin pour apprendre à se connaître, à trouver sa voie, c'est de se retrouver seule, en pays étranger, sans repères, sans but précis, c'est de vagabonder et de vivre sans même avoir conscience de l'environnement dans lequel on évolue et n'en garder que des souvenir bien flous, c'est de se sentir prisonnière d'un amour passionné, mais sans doute pas véritable et surtout bien décevant, même lorsqu'on a décidé de lui tourner le dos, c'est de faire de grands choix, c'est de plonger tête première dans l'inconnu...
Et tout à côté, l'enchantement c'est de s'émerveiller de l'infinité du ciel et des champs, d'être parfois cette personne heureuse et douée pour le bonheur que les autres voient, de faire la fierté de ses parents, de se découvrir aimée de ses proches, de se découvrir des passions, même on a l'impression que le talent n'y est pas, c'est de faire des rencontres merveilleuses, de se faire amie un moment avec des inconnus, c'est de rencontrer l'amour d'un simple regard, c'est d'arriver chez des étrangers et d'y découvrir un nouveau foyer, des êtres à chérir pour des années à venir, c'est de se réveiller la matin avec une passion toute nouvelle, ou presque, un besoin irrépressible, même si on ignore où cela peut mener, c'est de voir la magie de la vie, tout ce qu'elle a de merveilleux à offrir, c'est de vagabonder, d'aller courir "le monde" sans peur du lendemain, de vivre dans l'instant présent, c'est de découvrir mille détails qui font parfois la beauté du monde...
La détresse et l'enchantement, c'est tout cela, et beaucoup plus.
"J'étais saisie de terreur à la pensée qu'il n'y avait à reculer, que je devais désormais, pour gagner ma vie, plonger dans l'écriture, moi qui tout à coup percevais combien peu je savais encore m'y prendre." p. 504