De mes deux nounous, l'une, mon arrière-grand-mère paternelle, la négresse Fidéline, était plus volubile qu'un jacquot-répète tandis que l'autre, ma grand-mère maternelle, la Chinoise du quartier de Sainte-Thérèse, la célébrissime Meï-Wang, grande préparatrice de gamelles devant l'Éternel, était fort cousue et secrète sur le chapitre de sa vie. Cette dernière continuait à rêver, malgré quatre décennies de vie à la Martinique, de finir ses jours à Shanghai et d'y être inhumée. Pour les immigrants chinois du milieu du XIXᵉ siècle, l'arrivée dans la société créole martiniquaise constitua un choc culturel. Dominée par la brutalité et la violence, cette société ignorait les sagesses millénaires telles que le bouddhisme et le confucianisme. Case à Chine évoque les destins croisés de trois familles chinoises qui tentent d'échapper à l'enfer des plantations pour s'intégrer à la vie urbaine de la Martinique. À travers des personnages masculins, tels que le rebelle Chen-Sang et le docteur Yung-Ming, ou féminins, tels que Meï-Wang et sa fille Mâ, surnommée Poupée de Porcelaine, Raphaël Confiant retrace, dans le français teinté d'archaïsme des îles, l'épopée oubliée de milliers de Chinois forcés d'abandonner leur pays et sommés de s'adapter à une nouvelle culture et à une nouvelle langue.
Moi qui n'avais pas lu en français depuis longtemps, ce livre fut un challenge avec cette écriture d'un français des îles et aussi mon entêtement à lire les phrases en créole avant de lire leurs traductions. J'ai appris plein de choses sur la Martinique et ses habitants, son histoire aussi. J'ai eu un peu de mal à suivre les histoires de ces famille car beaucoup de personnages et de temps diférents tout ça raconté de façon non linéaire, donc j'étais souvent perdue ou du moins pas sure de "qui était qui déjà?". Mas impressionante Histoire que celle de ces exilés ayant traversé 3 océans (la mer de Chine, l'océan Indien puis l'Atlantique) pour se retrouver sur cette île que pour certains on a "vendu" comme "l'Amérique". Intéressantes aussi ces histoires de blancs, de békés, de créole, de "chabin ou chabine", mot que je ne connaisssais pas (individus à la peau claire et des traits semblables à ceux que l'on pourrait rencontrer chez une personne noire venant d'Afrique). Donc voilà, première rencontre avec cet écrivain et pas la dernière (si je retourne en France, ou peut-être tombe sur un de ces livres avant). Celui-ci m'est arrivé dans les mains au hasard d'une donation, heureux hasard.