"Serres chaudes ! À elle seule, cette analogie, lourde de connotations baudelairiennes, est une trouvaille. Spontanément, elle fait naître en nous l'image d'un monde clos, immobile et luxuriant à la fois. Par la magie du titre, nous entrons de plain-pied dans le mystère de la vie profonde dont "nul jusque-là dans la littérature moderne", souligne à juste titre Guy Michaud, "n'avait encore fait aussi bien sentir et comme toucher du doigt la présence". L'intuition de l'inconnaissable, le pressentiment du moi transcendantal et de ses richesses, l'âme - désormais Maeterlinck détient la substance de son oeuvre. [...]À la lecture des Serres chaudes, on est frappé par la succession d'images hétéroclites, insolites, absurdes.Le poème s'impose à l'imagination comme un réseau touffu de visions simultanées où le meneur de jeu juxtapose, accumule à sa guise des êtres, des objets ou des situations paradoxales, comme si elles avaient été rêvées par un somnambule ; le tout ponctué d'exclamations répétées, d'interjections et d'exhortations lourdes d'angoisse. Étrange poésie ! Tout mouvement lyrique semble en être absent, empêché par l'utilisation de formes prosaïques, quotidiennes, volontairement négligées. L'image et sa luxuriante végétation y règnent en maîtresses. Images à travers lesquelles se lit l'incohérence de la vie : "un glacier au milieu des prairies de Juillet" ; "un matelot dans le désert" ; "une fête un dimanche de famine", etc., à moins que l'incohérence du monde actuel ne parle d'elle-même dans l'évocation de ces "paysans aux fenêtres de l'usine", de ce "jardinier devenu tisserand", de ce "chasseur d'élans devenu infirmier", réminiscence de l'exode rural vers les cités tentaculaires, ou encore du "château devenu hôpital", métamorphose de la société. Autant de situations ambiguës, de réalités menées jusqu'à l'inhabituel, signes des "choses qui ne sont pas à leur place", dont le poète se sert au deuxième degré pour suggérer les visions fantastiques qui l'assiègent, pour figurer l'inquiétude qui le tenaille." Paul Gorceix.
Maurice Polydore Marie Bernard Maeterlinck (also called Count Maeterlinck from 1932) was a Belgian playwright, poet, and essayist who was a Fleming, but wrote in French.
He was awarded the Nobel Prize in Literature in 1911 "in appreciation of his many-sided literary activities, and especially of his dramatic works, which are distinguished by a wealth of imagination and by a poetic fancy, which reveals, sometimes in the guise of a fairy tale, a deep inspiration, while in a mysterious way they appeal to the readers' own feelings and stimulate their imaginations".
The main themes in his work are death and the meaning of life. His plays form an important part of the Symbolist movement.
Il y a parfois de ces recueils dont on se demande quelle est l'intention qui a présidé à leur composition. La collection "Poésie" de Gallimard, qui s'aventure parfois sur des marches mal délimitées, réunit ici le premier recueil poétique de Maurice Maeterlinck, un autre plus bref postérieur de quelques années, et sa première pièce de théâtre, inspirée d'un conte de Grimm. Dans la même période il a composé d'autres grandes oeuvres, ici absentes. Il faut s'y faire : Maeterlinck n'est pas populaire, par conséquent toute édition de poche tient de l'anthologie. Il y a d'une oeuvre à l'autre une continuité de l'inspiration maeterlinckienne : avec lui le mystère, l'ineffable, partent de notations extrêmement concrètes, d'une syntaxe parfaitement limpide. Mais outre même la différence des genres littéraires, chaque oeuvre frappe par son unité, par une forme à la cohérence propre et organique. À "Serres chaudes" qui ouvre le bal, alors même que l'auteur distribue de grands poèmes en vers libres au sein d'un ensemble où dominent les mètres traditionnels et les formes trophiques, un lyrisme marqué par l'exclamation, par le rapprochement incongru d'images dans des chocs qui évoquent Rimbaud ou Lautréamont. L'usage régulier sinon systématique de l'apostrophe lyrique en début de poème accentue encore cette impression d'unité. Si tout l'oeuvre poétique de Maeterlinck se composait de la sorte le procédé se ferait sentir comme tel : mais voici les "Quinze chansons", leurs rythmes grêles, leurs refrains entre parenthèses, leur imaginaire de conte à peine esquissé, comme un pont entre le lyrisme pur et le monde des premiers drames ; Maeterlinck retrouve la santé gracile des vraies chansons populaires, telles que Nerval aimait les noter. J'avais vu jadis "La Princesse Maleine" dans la convaincante mise en scène d'Yves Beaunesne. Relire le drame aujourd'hui, c'est retrouver des épisodes inoubliables et d'autres mystérieusement oubliés. Si le maître flamand qualifiait lui-même sa pièce de "shakespitrerie", et que l'on y retrouve sans difficultés les influences massives d'"Hamlet" et de "Macbeth" entre autres, sa dramaturgie apparaît d'une très grande originalité. Les premières scènes, que l'on voudrait appeler tableaux, imposent chacune une image, mais l'action principale est sans cesse décentrée, observée de loin ou accélérée elliptiquement dans le montage des scènes, certaines ne semblant appelées que par une allusion rapide dans le dialogue de la précédente. Au contraire, à la fin de la pièce, le rythme se ralentit, l'action devient douloureusement explicite, le montage devient cinématographique, certaines scènes jouant ensemble comme un champ et un contrechamp d'une action en fait simultanée. La pusillanimité des personnages, qui devient délirante jusque dans l'action, fait contraste avec le déchaînement apocalyptique de l'orage : pendant toute la pièce l'univers entier fait signe, commente le drame avec une ampleur qui crée une atmosphère proche de la paranoïa. Au quatrième acte, une scène géniale où l'héroïne a peur dans le noir, à la fois princesse tragique menacée par un destin funeste et gamine qui a peur de son ombre, indissolublement.