J'ai une drôle d'anecdote qui implique Joseph Joffo.
Il y a deux ou trois ans, j'étais au Salon du livre de Paris ; c'était mon premier salon du livre et j'étais vraiment déçue. Les grands stands, devant lesquels s'attroupaient tous les lecteurs, étaient tenus par des écrivains... que je ne compte pas parmi mes préférés (Katherine Pancol, franchement), ou par des non-écrivains connus qui avaient publié un livre (Antoine de Maximy et sa chemise rouge). Ça m'a vraiment peu enthousiasmée, peu donné de nouvelles idées, et le seul livre que j'ai acheté, finalement, c'était un recueil d'aphorismes de Cioran - pas très contemporain, comme choix.
Et au moment de repartir, je passe devant un stand, où il y avait, assis tout seul, Joseph Joffo. Il vendait et faisait dédicacer son nouveau roman, et moi je ne savais même pas qu'il publiait encore ; mais je me sentais tellement, tellement impressionnée de le voir ! Quand j'étais petite, Un sac de billes comptait parmi mes livres préférés. Je l'avais lu plusieurs fois, c'est à travers ce récit que j'avais rassemblé les premiers éléments d'histoire sur la Seconde guerre mondiale : il m'avait énormément apporté. Mais tout le monde allait voir Katherine Pancol derrière son tas de bouquins aux couvertures flashys.
J'ai dit à l'ami qui m'accompagnait : "C'est fou comme tout le monde va voir Pancol, alors qu'à côté Joffo, qui est vraiment un écrivain extraordinaire, reste tout seul !" Et il m'a dit : "Mais oui, tu devrais carrément aller lui parler !" Alors j'ai dit : "Mais oui, je vais aller lui parler, et lui dire tout le bien que je pense de lui !"
Et j'ai fait demi tour pour retourner à son stand, mais arrivée pas loin, j'ai eu peur et je suis juste passée devant lui, sans aller lui parler. Deuxième tentative, toujours le trac, je suis encore passée sans lui parler. Et troisième tentative, etc.
Et Joseph Joffo regardait la fille bizarre qui faisait des allers-retours devant son stand, en le regardant bizarrement.
Je m'en veux encore de ne pas avoir été lui parler. J'imagine que j'avais peur de ne pas trouver les mots, et aussi que ma lecture d'Un sac de billes était trop lointaine pour que j'en parle avec précision, et j'avais un peu honte de ne pas connaître ses dernières publications... donc je n'ai pas trouvé le courage.
Pourtant, j'aurais aimé lui dire à quel point Un sac de billes avait été important pour moi dans ma vie de jeune lectrice.
Maintenant, c'est un livre que je fais lire aux jeunes lecteurs et petits élèves autour de moi.
En le relisant aujourd'hui, au moins quinze ans après l'avoir découvert une première fois, j'ai retrouvé beaucoup de souvenirs de lecture, comme cette fameuse scène de l'échange de l'étoile jaune contre un sac de billes. Mais aussi, au-delà du souvenir, un récit toujours sensible, incroyablement vivant et touchant.
On devrait tous lire Joseph Joffo, et trouver le courage d'aller lui parler le jour où on croise son chemin.