"C'est si beau ta façon de revenir du passé, d'enlever une brique au mur du temps et de montrer par l'ouverture un sourire léger." Hanté par le souvenir d'une femme qu'il a aimée, Christian Bobin revient, vingt ans après sa mort, déposer sur sa tombe "un petit bouquet mortuaire", ainsi qu'il caractérise son livre. C'est en vérité un volume de peu de phrases, mais ample et profond comme l'écho ou le ciel à la renverse dans l'oeil de l'épervier. Qu'il évoque en passant le visage de son père, la mort de Kafka, un poète chinois du IVe siècle, c'est toujours de cet amour disparu qu'il parle, et chacune de ses phrases a l'intensité d'une rose rouge, la délicatesse d'une goutte de pluie, la force d'un poème. C'est un livre qui rend grâce à la beauté du monde en répétant que l'amour ne passe pas. Un vrai bonheur de lecture.
Christian Bobin is a French author and poet. He received the 1993 Prix des Deux Magots for the book Le Très-Bas (translated into English in 1997 by Michael H. Kohn and published under two titles: The Secret of Francis of Assisi: A Meditation and The Very Lowly
Comme il est bon de savoir qu'il existe encore sur terre des hommes comme Christian Bobin. Savoir que d'autres humains comme lui errent quelque part autour de nous, savamment cachés parmi tant d'autres d'insipides, aide à croire en la bonté humaine. Sa sensibilité, sa poésie, sa lucidité, font du bien à l'âme.
Ce livre contient de multiples phrases qui disent bcp en peu de mots. On dénote une profonde réflexion sur le deuil de celle qu'il a bcp aimé.
About love and loss and the impossibility of putting it all in words of beauty. Christian Bonbin who can get so wordy on a simple church (Conques), does here deliver a masterpiece
Quelques alinéas de prose et beaucoup de vide sur les rares et vastes pages de "Noireclaire" ; sans doute le livre de Christian Bobin qui se rapproche le plus nettement, depuis longtemps, du genre du poème. Il est dédié à son amie Ghislaine, la "plus que vive", morte brusquement voici vingt ans maintenant. Alors que la mort est l'invitée régulière de ses ouvrages, "Noireclaire" est le livre du deuil qui ne passe pas, de la marque indélébile des disparus dans une vie. Bobin accentue ici encore le caractère fragmentaire de son inspiration. Les fragments descriptifs qui sont la base de son travail se réduisent ici souvent à une ou deux formules métaphoriques, et sont rapprochés par des effets de montage le plus souvent mystérieux, qui sont un appel à l'intelligence associative du lecteur, une demande de prolongation de la méditation. La naïveté assumée de certaines images, de fréquents appels à l'imaginaire du ciel, à la beauté des fleurs, semble le paravent d'une inspiration douloureuse et qui est à son meilleur dans l'étrange du rapprochement — pas si éloignée en cela de celle de Maeterlinck, dont j'ai fréquenté la poésie ces jours derniers. Dans le monde observé par Bobin, tout est immédiatement présent ; son livre est une théorie de brèves sensations, de souvenirs fugaces ; mais contrairement à "l'arrière-pays" d'un Bonnefoy, aux promenades d'un Jaccottet, dont les dimensions cachées sont sensibles mais souvent très implicites, les images de Bobin font immédiatement signe vers une permanence de ce qui est absent. Ses paysages sont peuplés de fantômes, et bien évidemment, avant tout, du fantôme de l'amie, immédiatement présent, partout, dans une nature qui ne demande qu'à être personnifiée en souvenir. En quoi il y a une joie, celle de la présence continue, et une douleur, celle de la séparation infime qui perdure : "Noireclaire" s'ouvre sur l'image d'une barrière, délavée, vermoulue, envahie de parasites, mais infranchissable. Le souvenir cristallisé dans son évocation poétique, telle est l'immortalité des morts, celle du moins que nous pouvons percevoir : aussi le beau livre de Bobin est-il entièrement donné à l'amie disparue.
Usant du genre du poème, ce livre se lit en parallèle de La Plus que vive - d’ailleurs, ce livre est dédié à sa « plus que vive », Ghislaine. Il nous confie un deuil qui n’est pas encore « guéri ».