Au premier regard, elle a compris qu'elle devait compter les têtes pour être certaine de ne pas s’emmêler dans le décompte des morceaux de viande qui avaient été ses compagnons… 2000 ans après que l’Imperium a abandonné des colons sur la planète Mytale, la jeune Fédération Homéocrate y expédie deux cents agents surentraînés. Ils seront tous massacrés, sauf Audham qui devra apprendre à survivre sans espoir de retour, en proscrite sur une planète ou le maître mot est mutations. Pour cela, elle va traverser des forêts-consciences, affronter les guerriers warches, tromper la magie des mystes, gagner la confiance des esclaves hiumes et des ouvriers beeses. Elle devra aussi composer avec les rebelles humains, illes et nones, et gagner l’affection des ksins, ces chats de la taille d’un tigre qui communiquent par télépathie. Mais que peut-elle espérer dans un monde totalement dépourvu de technologie et dirigé par une poignée de dictateurs immortels ? Pour Audham, unique représentante du rêve homéocrate sur une planète figée dans un système de domination et de castes, beaucoup de certitudes vacilleront sous l’influence de Mytale et des personnages inoubliables qui la peuplent.
Ayerdhal, Yal de son prénom (il a abandonné son nom administratif depuis 40 ans), né le 26 janvier 1959 à Lyon (La Croix-Rousse), est un écrivain français qui a commencé par écrire de la science-fiction avant de se lancer dans le thriller. Il a entre autres obtenu deux grand prix de l'Imaginaire, un prix Ozone, un prix Tour Eiffel de science-fiction et un prix Michel-Lebrun.
D'une part Mytale critique ce qu'est devenu notre société, en exposant ce qu'elle deviendra plus tard lorsque la conquête spatiale ne connaitra pas d'obstacle, mais nous montre aussi les implications bénéfiques d'une société sans technologie, mais une société modelé dans le déterminisme (c'est-à-dire que chaque personne à une fonction dans la société, qui est déterminé par sa naissance). Elle tend à montrer que notre société qui pour symbolise une société quasi idéale, nait des évolutions et des souffrances que l'on a connues dans le passé, du bonheur et de la souffrance de ceux qui ont composé la société pour qu'elle s'améliore, ne doit pas s'endormir et continuer d'évoluer si l'on ne veut pas terminer dans une société aussi impitoyable qu'est Mytale. Le tout est parsemé de critique écologique et de critiques du progressisme ininterrompu, dans le sens où la recherche du progrès exponentiel a eu des impacts sur la nature et la planète qui nous entoure : espèces disparues, flore ravagée (déforestation, pollution de l'air et de l'eau …), paupérisation de la société (révolution industrielle a augmentée drastiquement la pauvreté de toute une frange de la population…). Ce livre, premier témoignage pour moi des romans d'Ayerdhal, est une excellente découverte : les sujets traités sont profonds, subtils et nuancé : aucune des entités, que cela soit Mytale ou la Fédération ne sont, des sociétés idéales, aucune n'est bonne ou mauvaise, chacune à ses qualités et ses défauts et montre la place de l'individualisme qui peut faire bouger les choses. Cette nuance est possible par ces articles de début de chapitre où des scientifiques de la Fédération, qui à l'image d'historiens, tentent d'avoir une approche critique de la société mytale. Enfin, même si ces thèmes sont profonds, intemporels, le roman est écrit tel un page-runner, bourré d'action, le livre se lit avec une facilité déconcertante. Ce livre rentre au Panthéon de ma Bibliothèque.