« Les Carnets de Cerise » sont une série de bandes dessinées créée par le scénariste Joris Chamblain et l'illustratrice Aurélie Neyret, publiée entre 2012 et 2017 par les Éditions Soleil. La série comprenait cinq tomes principaux, mais un tome 6 paraît le 5 décembre 2024 et s’appellera « La parenthèse d’oubli ». La série a été saluée pour sa narration sensible et ses illustrations délicates, offrant une expérience immersive entre bande dessinée et journal intime. Elle a remporté plusieurs distinctions, dont le Prix Fauve d’Angoulême 2014, et le Prix Saint-Michel dans la catégorie Humour/Jeunesse en 2015. Je l’ai commencé avec ma fille quand elle était petite et c’est toujours avec une tendresse particulière que je relis les différents tomes, ce que j’ai fait avant d’écrire cet article.
« Les Carnets de Cerise » suivent les aventures de Cerise, une petite fille de 11 ans dans le tome 1 « Le zoo pétrifié » qui rêve de devenir romancière. Curieuse et observatrice, Cerise consigne dans ses carnets les mystères qu'elle découvre autour d'elle, souvent liés aux secrets des adultes qu'elle rencontre. C’est une exploratrice du coeur et des âmes. Chaque page de son journal intime est un monde où ses dessins prennent vie et où ses mots capturent les secrets qu’elle découvre. En enquêtrice passionnée, elle cherche à comprendre les blessures cachées des gens, à écouter ce qui reste souvent tu. Animée par un désir profond de réparer ce qui est brisé, son grand cœur agit comme un fil invisible qui tisse des liens entre ceux qu’elle rencontre. Par ses gestes simples et sa bienveillance lumineuse, elle transforme les énigmes en occasions de rapprocher les êtres, rendant au monde un peu de la magie qu’elle y voit.
Les dessins d’Aurélie Neyret dans « Les Carnets de Cerise » transcendent leur rôle illustratif pour devenir de véritables portails vers le monde intérieur de Cerise. Son trait délicat et poétique crée une ambiance chaleureuse et intime, et renforce ainsi cette sensation de proximité que l’on ressent son enfant sur les genoux lors de la découverte de l’album, tout en reflétant les états émotionnels de Cerise. Aurélie Neyret capture à merveille cette naïveté enfantine qui stimule l’imaginaire tout en variant les plaisirs. En effet, elle joue habilement avec le format en intégrant des éléments de carnet intime dans ses dessins. Les pages de journal sont illustrées comme des collages vivants, mêlant textes manuscrits, croquis rapides, et illustrations plus détaillées. Les dessins de Cerise dans son journal sont spontanés, avec des traits parfois inachevés ou crayonnés, simulant la main d'une enfant talentueuse et créative. Cela renforce également l'authenticité du personnage.
« Les Carnets de Cerise » mêlent à dessein des cases classiques de bande dessinée et des pleines pages où les illustrations s'entrecroisent aux écrits personnels de Cerise. Ce mélange donne l’impression de plonger directement dans l’univers mental du personnage et évite l’ennui en permettant aux petits et grands lecteurs d’être toujours surpris par la page suivante.
Si Cerise est l’héroïne de cette bande dessinée, les personnages secondaires ne sont pas négligés. Ses fidèles amies, sa maman, les êtres qui entrent dans sa vie sont croqués de manière très expressive. Dans le tome 2 « Le livre d’Hector », j’ai eu une tendresse particulière pour Elisabeth qui emprunte le même livre à la bibliothèque, toutes les semaines, depuis 20 ans. Ainsi, Aurélie Neyret sait aussi bien dessiner les enfants que les adultes marqués par le temps et les émotions.
Autour de ces nombreux personnages, il y a l’expression de tout l’univers graphique de l’illustratrice autour de la nature. Les forêts, montagnes, jardins ou vieilles maisons sont représentés avec une attention méticuleuse, presque contemplative. La nature participe activement à l’ambiance de l’album. Par exemple, une forêt dense peut symboliser un mystère à résoudre, tandis qu’un champ baigné de lumière évoque la sérénité pure. Dans le tome 3, « Le dernier des cinq trésors », nous sommes à la période de Noël, sous la neige. L’atmosphère y est féerique, les détails, comme le travail de la lumière et des ombres, sont de toute beauté.
Dans « Les Carnets de Cerise », les textes sont de Joris Chamblain. Ils se distinguent par une narration romanesque et poétique. L’écriture à la première personne permet une immersion profonde dans les pensées et les émotions de Cerise et rend le récit intime et authentique. L’auteur excelle dans l'art de tisser des intrigues mêlant mystère et quotidien, où chaque enquête de Cerise révèle des histoires humaines touchantes. Les dialogues sont naturels et reflètent fidèlement les interactions entre les personnages, qu'il s'agisse des conversations entre enfants ou des échanges avec les adultes. Cette authenticité renforce l'attachement du lecteur aux protagonistes et à leurs aventures. Personnellement, j’adore tous les passages écrits à la main qui apportent un vrai supplément d’âme, la sensibilité de l’enfance, l’amitié ou encore la famille. Le tome 4, « La déesse sans visage » s’ouvre sur les 12 ans de Cerise et quelques réminiscences du passé qui touchent au coeur.
Le duo Aurélie Neyret — Joris Chamblain a su capturer et recréer l’univers intérieur de l’enfance, une nostalgie douce-amère, l’énergie débordante et la spontanéité propre à cet âge. Il parvient à restituer la complexité des émotions enfantines sans jamais les minimiser et surtout montre que le regard de Cerise sur le monde est riche, légitime, et souvent plus profond que celui des adultes. « Les Carnets de Cerise » rappellent que les rêves et les aventures qui habitent les enfants devraient aussi demeurer dans l’âme des adultes. Le tome 5 « Des premières neiges aux Perséides » est un bijou de tendresse et d’amour qui m’a mis les larmes aux yeux.
Si je devais résumer, « Les Carnets de Cerise » séduisent un public très large, des enfants aux adultes, pour plusieurs raisons qui tiennent à la fois à la richesse de son contenu et à sa forme artistique. Si l’héroïne est universelle et attachante, les histoires ont deux degrés de lecture. Pour les enfants, les mystères que Cerise résout sont captivants, accessibles, et riches en rebondissements. Ils favorisent l’identification et l’envie de participer à l’enquête. Pour les adultes, chaque tome révèle des récits humains complexes, souvent liés à des blessures émotionnelles ou des secrets enfouis. Ces thématiques, comme le deuil, la solitude ou le pardon, résonnent avec nos expériences d’adultes.
Au-delà des dessins esthétiques et chaleureux, des messages inspirants, d’un format innovant, des valeurs positives qui y sont véhiculées, comme l’entraide et l’empathie, « Les Carnets de Cerise » offrent une expérience émotionnelle unique qui touche tous les lecteurs à des moments différents de leur vie. Ce sont des bandes dessinées qui ont le pouvoir de réunir parents et enfants autour de la lecture, et d’offrir de vrais beaux moments de communion. Pourquoi s’en priver ? Et puis… il est toujours possible de voir la vie comme une aventure pleine de mystères à résoudre, non ?