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Bâtons, chiffres et lettres
'Avant d'écrire, l'écrivain choisit, autant que possible, la langue dans laquelle il va rédiger ce qui lui semble nécessaire d'être dit. [...]
Un problème se pose actuellement aux écrivains français, bien que la plupart d'entre eux ne s'en doutent même pas. En effet, il existe actuellement deux langues, celle qui continue à être enseignée (plus ou moins mal) dans les écoles et à être défendue (plutôt mal que bien) par des organismes officiels, comme l'Académie française, et la langue parlée, je ne dis même pas la langue populaire. Que le français actuel ne soit plus le même que celui des Académies, non pas seulement la française, déjà citée, mais celles entre lesquelles est partagé le territoire français pour la distribution de l'enseignement, c'est là une vérité élémentaire. Toute la question est de savoir jusqu'où va cette différence, et s'il la faut accentuer ou bien au contraire la réduire. [...]
Il y a deux langues distinctes : l'une qui est le français qui, vers le XVe siècle, a remplacé le francien (la traduction s'impose pour presque tous les textes avant Villon), l'autre, que l'on pourrait appeler le néo-français, qui n'existe pas encore et qui ne demande qu'à naître. Il est en gestation. Sa naissance n'est pas facile. [...]
Le problème du néo-français est posé. Il n'est posé que depuis plusieurs années. L'accouchement sera laborieux. L'écrivain français doit aider à cette parturition, son travail, son œuvre doit être une maïeutique linguistique.'
Un problème se pose actuellement aux écrivains français, bien que la plupart d'entre eux ne s'en doutent même pas. En effet, il existe actuellement deux langues, celle qui continue à être enseignée (plus ou moins mal) dans les écoles et à être défendue (plutôt mal que bien) par des organismes officiels, comme l'Académie française, et la langue parlée, je ne dis même pas la langue populaire. Que le français actuel ne soit plus le même que celui des Académies, non pas seulement la française, déjà citée, mais celles entre lesquelles est partagé le territoire français pour la distribution de l'enseignement, c'est là une vérité élémentaire. Toute la question est de savoir jusqu'où va cette différence, et s'il la faut accentuer ou bien au contraire la réduire. [...]
Il y a deux langues distinctes : l'une qui est le français qui, vers le XVe siècle, a remplacé le francien (la traduction s'impose pour presque tous les textes avant Villon), l'autre, que l'on pourrait appeler le néo-français, qui n'existe pas encore et qui ne demande qu'à naître. Il est en gestation. Sa naissance n'est pas facile. [...]
Le problème du néo-français est posé. Il n'est posé que depuis plusieurs années. L'accouchement sera laborieux. L'écrivain français doit aider à cette parturition, son travail, son œuvre doit être une maïeutique linguistique.'
- GenresEssays
313 pages, Kindle Edition
First published January 1, 1965
About the author
Raymond Queneau
221 books611 followersNovelist, poet, and critic Raymond Queneau, was born in Le Havre in 1903, and went to Paris when he was 17. For some time he joined André Breton's Surrealist group, but after only a brief stint he dissociated himself. Now, seeing Queneau's work in retrospect, it seems inevitable. The Surrealists tried to achieve a sort of pure expression from the unconscious, without mediation of the author's self-aware "persona." Queneau's texts, on the contrary, are quite deliberate products of the author's conscious mind, of his memory, and his intentionality.
Although Queneau's novels give an impression of enormous spontaneity, they were in fact painstakingly conceived in every small detail. He even once remarked that he simply could not leave to hazard the task of determining the number of chapters of a book. Talking about his first novel, Le Chiendent (usually translated as The Bark Tree), he pointed out that it had 91 sections, because 91 was the sum of the first 13 numbers, and also the product of two numbers he was particularly fond of: 7 and 13.
Although Queneau's novels give an impression of enormous spontaneity, they were in fact painstakingly conceived in every small detail. He even once remarked that he simply could not leave to hazard the task of determining the number of chapters of a book. Talking about his first novel, Le Chiendent (usually translated as The Bark Tree), he pointed out that it had 91 sections, because 91 was the sum of the first 13 numbers, and also the product of two numbers he was particularly fond of: 7 and 13.
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Community Reviews
Displaying 1 - 1 of 1 review
May 5, 2025
Raymond Queneau has done it again. It was refreshing to read some of his critical opinions, because even when he is wrong (as most notably in the case of his hailing of "neo-french" as the future of the language), he is still (usually) interesting. Surprisingly, I found his tone and style quite similar to that of George Orwell in the latter's essays. (For reference, Orwell's "As I Please" is definitely worth reading for a similar kind of acerbity and playfulness.) Here with Queneau, however, things sometimes get very experimental, so much so that I don't have a bean of a clue what's going on. But that's probably the point.
Favourite moments: "Technique du roman", "Bouvard et Pecuchet de Gustave Flaubert", "Jacques Prévert, le bon génie" (which manages to say an awful lot of interesting things about morality and words) and "Miro ou le poète préhistorique". I also like all the silly pictogrammes and intentionally over-complicated graphs. Exactly my kind of humour.
Favourite moments: "Technique du roman", "Bouvard et Pecuchet de Gustave Flaubert", "Jacques Prévert, le bon génie" (which manages to say an awful lot of interesting things about morality and words) and "Miro ou le poète préhistorique". I also like all the silly pictogrammes and intentionally over-complicated graphs. Exactly my kind of humour.
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