Si j'ai été intéressée à ce roman, c'est d'abord parce que le personnage principal s'appelle comme moi, et que c'est plutôt rare. Pas parce que le résumé m'avait séduite, ou que j'en avais déjà entendu parler, ou que je voulais lire le premier roman d'une nouvelle autrice (Je crois que c'est tendance de ramener le terme «autrice» du 16e siècle, alors pourquoi pas.), ou encore parce que la couverture m'a fascinée (Ok, oui, mais juste après avoir commencé la lecture. Mon copain croyait que c'était Frodon, et j'avoue que...bref, je m'égare).
Tout ça pour dire que j'ai l'habitude de choisir de bons livres pour de mauvaises raisons. Et ce qui m'a surprise, c'est à quel point je connectais avec cette homonyme, elle aussi fille unique, issue d'un père adorable et d'une mère contrôlante, qu'elle doit protéger et chérir parce que personne ne le fera à sa place si elle abdique. Et c'était la première fois que mes sentiments étaient si bien couchés sur papier:
«You know, it's not that I don't love her. Obviously, je l'aime: c'est ma mère. Mais elle est tellement...She's just so fucking annoying! So fucking self-absorbed. Le monde tourne autour d'elle, toujours, always been, always will be. C'est une enfant, you know. [...] Je dois être là pour elle, prendre soin d'elle, veiller à son bonheur. Parce que...Because, if I don't, she'll make my life a living hell. She'll make everyone's life a living hell. Ses problèmes deviennent les miens. Puis, des fois, je me demande: si c'était pas ma mère, si j'étais pas sa fille, est-ce que je la choisirais? Would I even tolerate her? Je pense pas...'Cause frankly, I don't like her. I do love her but I don't like her. C'est affreux ce que je dis, hein?» (p.195)
«Perso, je n'ai jamais souhaité la mort de ma mère. La faire magiquement disparaître de la surface terrestre, peut-être. L'envoyer vivre à Madagascar, sûrement. Mais qu'elle crève, non. [...] [L]orsque ma mère m'a annoncé la mort de mon père, une des premières choses à laquelle j'ai pensé c'est: c'est pas juste, ça aurait dû être elle. Le p'tit Jésus s'était trompé. J'étais mieux préparée à sa mort à elle.» (p.146)
Je ne croyais pas quelqu'un d'autre pouvait vivre ça (car, nécessairement, il faut le vivre pour pouvoir écrire quelque chose du genre). And, as usual, the books remind us that we are not alone.
J'ai bien aimé les voyages, les lieux visités et ce terrible besoin d'air pourtant si cliché. J'ai trouvé que c'était très bien rendu. Le mélange du français, de l'anglais et de l'espagnol était aussi bien fait. Les propos en espagnol (langue que, comme une majorité du lectorat, sans doute, je ne comprends pas) était reformulés dans le texte qui suivait et l'usage de anglais était utile au réalisme (car, avouons-le, nous parlons tous un franglais impeccable). Par contre, ce qui m'a profondément dérangée, c'est la confusion de la narration au je majoritaire avec une narration omnisciente, survenant au sein de la même division du récit, parfois dans le même paragraphe, pour aucune raison valable. De plus, je ne sais pas si c'est moi qui ne l'ai pas remarqué avant, mais il semble que cet agaçant changement ne débute qu'aux trois quarts du roman.
Et on dirait que les maladresses de ce premier roman, les mots, les syntagmes qui se répètent, m'agaçaient tout particulièrement parce qu'ils me renvoyaient tous à ma propre pratique d'écriture, à mes propres maladresses, qui m'empêchent d'écrire de la fiction dont je sois satisfaite.
Si j'ai mis 4 étoiles, après avoir longuement hésité à en mettre 3, ce n'est pas à cause du roman en lui-même, mais parce que cette lecture a été libératrice pour moi à plusieurs niveaux. C'est parce que, ce roman, on dirait que j'aurais pu l'écrire.