Le mot de l’éditeur «Suis ce chemin et tu arriveras à un grand étang, l’étang des ombres. Guette bien sa surface. Quand la pagode sera terminée, tu verras alors s’y refléter son ombre… » La jeune Asanyeo a bien entendu les instructions du moine mais elle ne voit toujours rien. Sans nouvelles depuis trois ans déjà, elle garde pourtant espoir à l’idée de revoir Asadal, son époux, tailleur de pierre qui a quitté le village pour construire deux imposantes pagodes au temple de Bulguksa, à Seorabeol. Mais il ne rentrera pas avant d’avoir achevé son ouvrage… Cette histoire se déroule au royaume de Silla, dans la Corée du VIIIe siècle. À cette époque, la péninsule a été unifiée, grâce notamment à l’aide militaire de la Chine des Tang. Mais ces derniers continuent d’exercer une forte influence sur le royaume, ce qui de plus en plus contrarie les sentiments patriotiques de certains nobles, qui voudraient voir leur royaume retrouver sa grandeur et son indépendance culturelles d’antan. Dans l’ombre, des révoltes se préparent… Dans La Pagode sans ombre, qu’il publie en 1938-39, l’écrivain Hyun Jingeon présente une version romancée de la fameuse légende d’Asadal de Baekje. Cette histoire, dans laquelle se confrontent valeurs traditionnelles et valeurs modernes, un monde ancien et un monde nouveau, est l’occasion pour l’auteur d’affirmer une fois de plus l’identité culturelle du peuple coréen, à une époque où le pays vit sous domination japonaise, et de rappeler encore son riche héritage artistique, au sein duquel comptent, entre autres, les fameuses pagodes du temple de Bulguksa ; aujourd’hui classées trésors nationaux, elles peuvent toujours être admirées dans la ville de Gyeongju.
En premier lieu, l’édition est superbe : le papier de la couverture dont le titre est en lettres pressées, le papier fin et doux dont l’encre ne bave pas... si tous les livres étaient comme celui-ci je pencherais gravement pour le fétichisme. Ceci étant dit, j’ai été séduite au début par le découpage de l’histoire : publiée dans un journal en 164 épisodes, la structure a été gardée pour faire ces chapitres très courts, avec des unités de lieu et temps limpides, ainsi qu’un peu de suspense distillé. L’histoire est une fable, une légende de nobles et de travailleurs, des amours entrecroisés et au devenir incertain. Je dirais cependant que si il fallait forger sa vision du monde de nos jours par une série de contes et légendes, celle ci ne serait pas partie de celle que je conseillerais. Elle est empreinte d’une vision du monde qui est celle d’une Corée du passé. Et surtout, une vision de la femme qui est passée (cela fait partie des choses que j’ai de plus en plus de mal à supporter...).