Nous marchons, suivies par la foule, têtes rasées parmi les décombres de l'avenue Janvier, de la rue Saint-Hélier dévastée, criblée de béances et d'immeubles en ruine, pendant des semaines c'étaient des gravats enchevêtrés de poutres, de meubles brisés, chambres, cuisines, salles à manger réduites en poussière, éclats de verre, j'imagine que c'était comme ça, tout est déblayé et vide maintenant, je trébuche sur des souvenirs que je n'ai pas, les bombardements ont eu lieu sans moi, j'étais terrée dans un couvent mais je sais tout, ils m'ont fait ce que la guerre leur a fait.
Valentine Goby est née en 1974. En sortant de Sciences Po, elle fait un séjour de 3 ans en Asie (Hanoi et Manille). À son retour en France, en 2002, elle publie aux éditions Gallimard son premier roman, La Note sensible.
Madeleine, une jeune fille de 16 ans, mène une existence banale de serveuse à l'hôtel des Ducs de Rennes. Jusqu'à la rencontre d'un homme : Joseph Schimmer, brillant pianiste, qui lui fait découvrir la musique classique. Il l'engage comme assistante pour « tourner les pages des partitions pendant les répétitions ». De cette rencontre entre deux personnes et deux mondes naîtront un amour, un enfant et une réalité dure à assumer. L'histoire se passe pendant la Seconde Guerre mondiale, et Joseph Schimmer est Allemand.