Texte de 1953, paru dans la collection Dyschroniques de l'éditeur Le passager clandestin. Cette collection a pour objet la publication de courts textes relativement anciens (en général 50 - 60 ans) ayant imaginé un futur possible en extrapolant sur une invention ou un concept.
Une collection qui a bien des qualités, à commencer par la publication de ces textes méconnus, souvent assez intéressants et parfois même très bien vus, mais qu a aussi un défaut : le prix de ses ouvrages : entre 4 et 7-8 euros, pour des textes dépassant rarement les 70 pages.
Des lectures condamnées donc à rester confidentielles, j'en ai bien peur.
Mais parlons un peu du texte.
Celui-ci appartient aux textes de cet collection qui vise juste. Ann Warren Griffith imagine une société où les pubs ont envahi le quotidien. En effet, par un dispositif d'enregistrement de textes directement intégré aux emballages des produits de consommation courante, chaque produit est en mesure de vous délivrer à intervalles réguliers de la réclame (j'adore ce mot) directement à domicile.
Ainsi, votre paquet de corn-flakes qui vous encourage à reprendre un bol, votre bouteille de brandy qui vous invite à vous délasser d'un verre après le travail ou encore votre poudre à récurer (oui, bon. C'est les années 50) qui vous invite à faire un peu de ménage...
Une certaine vision de l'enfer de mon point de vue.
Le procédé est, dans le roman, tellement intégré à la société, qu'il a même été jugé anticonstitutionnel de se doter de dispositif tels que des bouchons d'oreilles pour y échapper ! Le texte vise juste, dressant en filigrane un portrait acerbe du rêve américain, en nous dépeignant une famille modèle complètement acquise à ce nouveau procédé (le père en est même un des fervents promoteur.
Seule la grand-mère, qui sort de prison pour avoir porté en public des bouchons d'oreilles semble encore représenter un îlot de résistance, mais sa position apparaît bien minoritaire (pour ne pas dire groupusculaire) dans ce monde qui n'est pas si éloigné du nôtre quand on pense au Google Home par exemple.
Bien vu Mme Griffith !