Les deux comédies qui se trouvent ici réunies sont parmi les plus originales du théâtre si divers de Goldoni. Dans Le Café, pour la première fois, le dramaturge vénitien choisit de représenter, non pas "une histoire, une passion, un caractère" comme il en a eu coutume jusque-là, mais un ambiente, un milieu. Ce sont donc moins les personnages qui sont mis en valeur, que les relations tissées entre eux par l'intrigue ; non leurs traits psychologiques et moraux, mais leur raison sociale et professionnelle. Dans Les Amoureux, tout au contraire, Goldoni renoue avec l'étude de caractères. Il analyse avec finesse les rapports tumultueux de deux personnages victimes d'un amour qui les met au bord de gestes irrémédiables. Certes, la passion n'est pas absente de ses autres pièces, mais nulle part elle n'a cette importance paradoxale d'un amour partagé et néanmoins autodestructeur ; jamais encore des amants n'ont été, aux dépens de tous les autres personnages, les deux sujets principaux de la comédie.
Carlo Osvaldo Goldoni was an Italian playwright and librettist from the Republic of Venice. His works include some of Italy's most famous and best-loved plays. Audiences have admired the plays of Goldoni for their ingenious mix of wit and honesty. His plays offered his contemporaries images of themselves, often dramatizing the lives, values, and conflicts of the emerging middle classes. Though he wrote in French and Italian, his plays make rich use of the Venetian language, regional vernacular, and colloquialisms. Goldoni also wrote under the pen name and title "Polisseno Fegeio, Pastor Arcade," which he claimed in his memoirs the "Arcadians of Rome" bestowed on him.
Pourquoi ces deux comédies ont-elles été réunies dans le même volume bilingue ? Peut-être parce qu'elles n'ont pas grand-chose à voir, pour nous faire admirer la variété du talent de Goldoni ; dans ce cas c'est tout à fait réussi. "Le Café" se situe sur une "piazzetta" vénitienne où se côtoient divers établissements, dont l'honorable café de Ridolfo et la maison de jeu louche de Pandolfo. Celle-ci ferme quand celle-là ouvre, par un petit matin où les clients sont encore rares. "Les Amoureux" sont une comédie familiale, respectant les trois unités, située chez Fabrizio, un bourgeois prodigue qui a dépensé jusqu'à la dot de sa nièce Eugenia, laquelle filerait le parfait amour avec le jeune, beau et désintéressé Fulgenzio si le caractère des deux amoureux ne s'en mêlait pour faire de leur idylle un enfer. Dans les deux pièces on retrouve une caractéristique remarquable du dialogue goldonien : les éléments qui gênent les personnages sont très vite mis sur le tapis, et par conséquent les situations s'enclenchent très vite. Ainsi, dans "Le Café", la présence du redoutable Don Marzio, oisif Napolitain incapable de garder une nouvelle pour lui, entraîne ainsi très vite la circulation des secrets les moins avouables, et quand il n'y en a pas à divulguer, qu'à cela ne tienne : Don Marzio les invente ! Dès lors le défi pour le dramaturge est de renouveler suffisamment une matière qu'il dépense aussi vite que ses personnages de marchands mangent leur fonds et leur revenu pour tenir trois actes ; l'enchaînement des conséquences est généralement impeccablement calculé : ce n'est pas pour rien qu'il avait dans sa jeunesse troussé maints canevas pour la comédie improvisée. Mais le plus remarquable, c'est qu'il parvient à créer du mystère, de la profondeur qu'on entr'aperçoit tout juste, tout en déballant tout sur la table. Dans "Le Café", comédie d'atmosphère et tableau social, il y parvient d'abord de manière très scénique par ses indications sur l'espace : les lieux de l'action, tous situés sur la piazzetta, ne sont pas accessibles à l'oeil à égalité, et si tout ce qui se passe à la terrasse du café est transparent, le spectateur jouissant d'un point de vue privilégié même par rapport à Don Marzio, l'intérieur des diverses boutiques est lieu d'ambiguïté. Par ailleurs la multiplication des intrigues, qui se retrouvent toutes dans les mains d'un Ridolfo qui joue les redresseurs de tort, permet de mettre en scène la complexité des relations et des hiérarchies sociales et conjugales. Dans "Les Amoureux", l'intrigue tient uniquement aux sautes d'humeur des deux amants, ou presque. Goldoni le fait remarquer dans sa préface, il n'y a guère de comédie sans amoureux. Si la sienne est une comédie des amoureux, c'est que c'est bien la passion qui est l'objet de la satire, de sorte que si le ton frôle parfois la gravité, la logique des caractères déclenche les disputes de manière tellement immanquable que le sourire renaît aussitôt. Le théâtre de Goldoni est toujours fondé dans la "commedia dell'arte", qui dans sa forme improvisée est pure dépense d'énergie comique ; or ces "Amoureux" ont une vocation psychologique. Ce qu'il met en scène, c'est moins, comme son contemporain Marivaux, l'aveuglement des amants sur leurs propres sentiments, que le fait que les sentiments de l'autre sont un point aveugle, paniquant : il faut faire confiance à la parole d'amour de l'autre, faible contrepoids au sentiment océanique que l'on ressent, soi. C'est cette opacité qui est la trouvaille de grande beauté des "Amoureux". Ainsi de la fresque sociale (qui a pu à juste titre fasciner les brechtiens) au drame intime (qui nous emmène plutôt du côté de Tchekhov ou de Pinter) le théâtre de Goldoni dévoile devant nous ses perspectives avec tout le savoureux bagout d'un colporteur sur ses tréteaux de fortune.