La nouvelle Double Je s'articule autour d'une incongruité liminaire : dans le bureau d'une jeune lieutenant de police, un individu torturé et hirsute, Ganel Todanais, vient d'avouer un crime. La victime ? Un artisan d'art de renom dont le "meurtrier" jure qu'il est une pure imposture, une sorte de vampire qui lui a volé ses idées pour les ors du pouvoir et la reconnaissance.
Sur fond d'art contemporain et d'artisanat d'art en lien avec les technologies de pointe, voilà un texte qui pose la question intemporelle du génie créatif et malmène une fois de plus le lecteur.
L'alliance de l'artisanat d'art, de l'art contemporain et du thriller, genre populaire par excellence, personne jusque-là n'y avait pensé. Pourtant, grâce au Palais de Tokyo et au soutien de la Fondation Bettencourt Schueller, la rencontre aura lieu dans le cadre de l'exposition "Double Je", présentée au Palais de Tokyo du 24 mars au 16 mai 2016.
Le principe est simple et l'exécution complexe : à partir d'une nouvelle imaginée par Franck Thilliez à l'initiative du Palais de Tokyo, le commissaire d'exposition Jean de Loisy a fait collaborer des artisans d'art, des artistes plasticiens et des designers pour recréer les lieux du crime, ses objets, mais aussi l'espace de création des artisans. Ces mises en scène ont pour mission de montrer la contemporanéité des métiers d'art.
Sur plusieurs centaines de mètres carrés, le visiteur aura tout le loisir d'admirer les pièces conçues en écho au texte du maître du thriller et, n'ayant pas pris connaissance de ce dernier, pourra tenter de résoudre l'énigme mise en scène dans un décor aux indices aussi variés qu'une moto ornée par un plumassier, des vases formés au son de la voix, un paravent en bois sculpté peint par un artiste, une dague en acier dont le manche est un moulage réalisé à partir de vertèbres de serpent...
Franck Thilliez is the author of several bestselling novels in his native France, where he lives. Thilliez was a computer engineer for a decade before he began writing. Syndrome E, is his first novel to be published in the United States. Several of his books were made into films : La chambre des morts (2007), Ligne de mire (2014) and Obsession(s) (2009)
3&1/2, arrondi au cran supérieur pour l'originalité du concept.
Je n'ai pas (encore) eu l'occasion d'aller à l'exposition au Palais de Tokyo, mais un nouveau projet de mon chouchou Franck Thilliez arrive, et vous pouvez être sûrs que je serais à l'affût.
Premièrement, et ça peut surprendre, c'est le format peu conventionnel du "livre" qui attire l'attention. Autant que je sache, ce n'est indiqué nulle part donc : En tout cas, j'ai trouvé ce format plutôt original, et une idée bien trouvée.
Pour ce qui est de la nouvelle elle-même, j'avoue qu'elle ne déplace pas des montagnes, et j'avais deviné de quoi il retourne vers la moitié de l'histoire (même si Thilliez a réussi à instiller un léger doute à quelques pages de la fin). Mais on se laisse porter au fil des pages. De toute façon, je trouve ça toujours difficile de réellement juger des nouvelles de par leur format trop court pour développer autant qu'on le voudrait.
M'enfin, quoi qu'il en soit, le concept est original, et c'est une lecture "facile" entre deux autres livres. Je suis curieuse de savoir en quoi l'expérience diffère lorsqu'on visite l'exposition...
Que penseriez-vous d'un homme qui s'accuse d'un meurtre et vient se livrer lui-même à la police? Qu'il cherche à attirer l'attention sur lui? Qu'il est fou? Qu'il tente de protéger quelqu'un? Autant de questions qu'il est légitime de se poser, d'autant plus pour Mélanie, lieutenant de police chargé d'interroger cet homme. Au fil d'un interrogatoire pour le moins farfelu, elle va devoir démêler le sac de noeud que semble être cette affaire, pour enfin distinguer le vrai du faux, la réalité de la folie, dans l'esprit brumeux de Ganel Todanais.
Vous n'êtes pas sans connaitre mon amour inconditionnel pour Franck Thilliez, c'est donc tout naturellement que je me suis procuré cette petite nouvelle au format fort peu conventionnel, afin, d'une part, de patienter avant la sortie tant attendue de Rêver, et d'autre part, de découvrir si l'auteur parvient à nous offrir une lecture tout aussi délectable en une trentaine de pages qu'avec plusieurs centaines. Verdict? Si la nouvelle est, à mon avis, un genre qu'il n'est pas facile d'apprivoiser, Franck Thilliez a su mener à la perfection cette dernière, mettant en avant les points principaux, cruciaux pour nous permettre de passer un très bon moment de lecture, en très peu de pages.
En effet, si une nouvelle présente les mêmes caractéristiques qu'un roman, le tout doit tenir en un nombre extrêmement réduit de pages alors pas le temps de s'éterniser. Forcément, Double Je démarre immédiatement sur les chapeaux de roues. Franck Thilliez a le chic pour happer notre curiosité en très peu de mots, installant intrigue, questionnements et action après seulement deux petites pages. Rapide et efficace, l'installation de cette nouvelle et de son intrigue est on ne peut plus captivante, comment ne pas être conquis?
Il faut bien avouer, même si je ne suis pas totalement objective en ce qui concerne cet auteur, que Franck Thilliez a vraiment de l'or dans les mains (ou sous la plume) et que son imagination débordante, doublée d'une sérieuse maîtrise du suspense et de la narration ne sont plus à prouver. Il excelle encore une fois dans son art, avec cette toute petite nouvelle, qui pourtant à tout d'une grande, nous offrant une intrigue très bien écrite, ne laissant de côté ni la psychologie des personnages ni la montée en puissance caractéristique des romans de l'auteur, avant l'explosion finale. J'ai adoré retrouver la plume de l'auteur dans cette nouvelle bien ficelée que j'ai tout simplement dévorée.
Avec Double Je, Franck Thilliez aurait pu se contenter de nous livrer une banale intrigue policière, mais non, comme il ne fait pas les choses à moitié, il nous offre une histoire bien plus travaillée que ce que le résumé laisse présumer. L'auteur aime, dans ses romans, surfer entre univers réel et imaginaire, croisant les faits qu'il est facile d'appréhender et ceux, presque mystiques, qui nous font douter de la véracité des dires et des faits des personnages. Et c'est aussi ici que se cache le talent de Franck Thilliez, qui mène son lecteur par le bout du nez avant de laisser la vérité éclater au grand jour. J'ai été vraiment épatée par l'univers qu'il est parvenu à installer, en si peu de pages, tout en restant extrêmement crédible et indubitablement addictif.
L'intrigue est donc installée très rapidement et présente deux aspects bien différents, l'un rationnel et l'autre beaucoup plus incongru. Dans ce commissariat, au-milieu d'hommes et de femmes dont le jugement se porte essentiellement sur des faits avérés, Ganel Todanais fait figure d'animal de foire. Son histoire, farfelue et de moins en moins crédible est d'autant plus mystérieuse qu'aucun corps n'a été retrouvé sur les lieux du crime. Mélanie et ses collègues ont donc de quoi s'interroger. Au cours de son interrogatoire, Ganel se livre, offrant aux différents personnages et au lecteur, sa version des faits. Riche en rebondissements, en action et en tension, le récit imaginé par l'auteur nous tient en haleine du début à la fin, devenant de plus en plus prenant au fur et à mesure que l'histoire de Ganel devient floue et énigmatique.
En effet, plus les pages défilent, plus la réalité semble s'estomper autour de ce personnage. Comment tout ce qu'il raconte peut-il être possible? Quel rôle jouent vraiment les différents protagonistes dans cette affaire? Et Ganel le premier, est-il vraiment ce qu'il prétend être: un meurtrier? C'est le personnage le plus abouti de cette nouvelle, le plus dense, le plus travaillé. Plus son récit avance, plus sa psychologie devient complexe et intéressante. Finalement, je me suis beaucoup attachée à ce personnage, que l'on suit pendant si peu de pages et qui pourtant, est très touchant et très humain. Ce personnage est vraiment fascinant de par les nombreuses interrogations qu'il soulève. Toute l'intrigue repose sur lui et c'est vraiment le personnage parfait pour cette nouvelle, nous permettant, petit à petit de mettre au jour la vérité qui se cache derrière cette histoire sordide.
Dans les toutes dernières pages de cette nouvelle, Franck Thilliez nous offre un dénouement hors du commun qui devrait, je pense, en surprendre plus d'un. Dommage que ce n'ai pas été mon cas, les indices semés par l'auteur m'ayant permis de deviner les grandes lignes de cette révélation finale. Cependant, les non habitués du genre ou de l'auteur devraient être agréablement surpris. De plus, l'auteur amène très bien les découvertes entourant cette révélation, nous énonçant comment toute cette histoire a débuté et nous laissant sur une fin assez fermée pour clore cette nouvelle et assez ouverte pour imaginer le possible futur des personnages.
Les +: une mise en place ultra rapide, une plume toujours aussi magistrale qui convient tout autant au format nouvelle qu'au roman, une intrigue très réfléchie et bien ficelée, des rebondissements palpitants jusqu'à la fin, de l'action et des personnages tout en relief Les -: dommage que j'ai deviné de quoi il retournait avant la fin...
En conclusion, Double Je: en quête de corps est vraiment une petite nouvelle très agréable à lire qui se dévore en un temps record, grâce à ses très nombreux points positifs. Le rythme est mené d'une main de maitre de la première à la dernière ligne, nous offrant rebondissement sur rebondissement, permettant donc d'entretenir une intrigue qui se révèle plus riche et complexe que ce que l'on aurait pu prévoir initialement. Les interrogations soulevées par les révélations faites par Ganel apportent toujours plus d'intérêt pour l'intrigue et la rendent d'autant plus addictive. Et il ne faut pas oublier que le tout est magistralement orchestré par la plume et l'imagination de Franck Thilliez, dont on ne peut encore une fois que se délecter du début à la fin. Une fin riche en révélations, plus ou moins prévisibles, très agréable et qui permet d'obtenir toutes les réponses à nos questions. C'est donc une très bonne petite lecture que nous offre l'auteur, que je ne saurais que vous conseiller.
Une écriture, une pirouette, bien sentie. Il y aurait cependant puis en avoir d'autres dans le même livre, sans qu'il ne fut choquant que l'auteur s'amuse un peu.
Le rythme est là, pas besoin d'en faire plus, 50 pages de pur bonheur sur lesquelles l'auteur a réussi à nous tenir en haleine, j'avais tellement hâte de connaitre le dénouement même si je me doutais bien de la fin, mais parfait pour reposer mon cerveau entre deux pavés.