Charles Péguy (1873-1914) a probablement écrit Clio dès 1909 et l'a repris en 1912, mais ce traité en forme de dialogue n'a paru qu'après sa mort, en 1917. Il donne la parole à la muse de l'Histoire, peinte comme une incarnation dérisoire des méthodes historiques modernes. La réflexion de Péguy, à partir du thème du vieillissement, se concentre ensuite sur la création littéraire et artistique, des poèmes homériques aux Nymphéas de Monet, des Châtiments de Hugo à Beaumarchais. Enfin on revient sur l'affaire Dreyfus, pour laquelle Péguy s'était tant passionné et qui est devenue désormais de l'Histoire. Et cela entraîne Clio à se pencher, avec une grande tristesse, sur le destin de Péguy lui-même, comme si elle avait la prescience de sa fin prochaine.
Charles Pierre Péguy (Orléans, 7 janvier 1873 ; Villeroy, 5 septembre 1914) est un écrivain, poète et essayiste français. Il est également connu sous les noms de plume de Pierre Deloire et Pierre Baudouin1.
Son œuvre, multiple, comprend des pièces de théâtre en vers libres, comme Le Porche du Mystère de la deuxième vertu (1912), et des recueils poétiques en vers réguliers, comme La Tapisserie de Notre-Dame (1913), d'inspiration mystique, et évoquant notamment Jeanne d'Arc, un personnage historique auquel il reste toute sa vie profondément attaché. C'est aussi un intellectuel engagé : après avoir été militant socialiste libertaire2, anticlérical puis dreyfusard au cours de ses études, il se rapproche à partir de 1908 du catholicisme et du conservatisme3 ; il reste connu pour des essais où il exprime ses préoccupations sociales et son rejet de la modernité (L'Argent, 1913).