L'ouvrage synthétique de Francis Démier, parcourant l'ensemble de l'histoire de la France du XIXe siècle depuis la fin des guerres napoléoniennes jusqu'aux débuts de la Grande Guerre, vient combler un vide relatif dans l'historiographie française. Doté d'excellents instruments de travail (chronologie, riche bibliographie, index biographique détaillé), l'auteur a le mérite de prendre en compte toute l'évolution historiographique, qui mène de l'histoire économique et sociale d'Ernest Labrousse à la vogue actuelle des "représentations". Retraçant ce moment capital de la formation de l'identité nationale dans l'héritage de la Révolution française, cette synthèse n'en possède pas moins son originalité propre. L'historien ne se contente pas de reprendre les césures chronologiques de l'histoire politique classique, et brosse un tableau du XIXe siècle qui va de l'économique au culturel. Entreprise suffisamment rare pour être soulignée en ce temps de reglobalisation de l'histoire par le politique ou le culturel. --Hervé Mazurel
Un dimanche après-midi à l'Île de la Grande Jatte (1884/1886)- Georges Seurat
Sujets traités:
- L'héritage révolutionnaire et ses divisions :
Le 19e siècle, siècle des Révolutions : 1848, 1851, 1870, Boulangisme, Affaire Dreyfus, ligues...
Sous la 2nde et la 3e République : Orléanistes, légitimistes, bonapartistes, puis Républicains radicaux, socialistes (partis et syndicats, fouriéristes, saint-simoniens, disciples de Louis Blanc, Proudhon, Blanqui).... leurs interprétations différentes voire antithétiques de l'histoire nationale...
- La centralisation administrative, l'armature préfectorale de l'Empire
L'idée de nation française et l'État s'affirment comme lien privilégié entre les individus habitant en France, avec toutes les questions de définition qu'une telle réalité pose :
Liberté, droits de l'Homme, le rôle de la France en politique étrangères (cf Printemps des peuples) ; question de la la liberté de presse, de la prise en compte de l'opinion, en particulier de l'opinion hostile dans les décisions gouvernementales...
- Protectionnisme économique, surtout 1ère moitié du XIXe siècle
- La petite propriété et la petite entreprise en France, leur place dans le maillage économique.
Le XIXe siècle est décidément une période historique qui me passionne. Ce livre de Francis Démier, consacré à la France de 1814 à 1914, en est une nouvelle illustration.
L'auteur adopte un plan chronologique construit autour de 3 grandes périodes qui ne suivent pas directement les changements de régime, contrairement à ce qui se fait dans de nombreux livres d'histoire. Ici, Francis Démier propose 3 étapes successives menant à l'affirmation de la République Française :
D'abord, l'avènement d'une France libérale entre 1814 et 1840, avec la Restauration et les premières années de la Monarchie de Juillet.
Ensuite, la conquête de la démocratie entre 1840 et 1880, avec la seconde période de la Monarchie de Juillet et sa chute, la Deuxième République, le Second Empire et sa chute, et enfin l'affirmation de la Troisième République après plusieurs années où l'avenir du régime restait en suspens.
Enfin, la construction de la République entre 1880 et 1914, avec la crise boulangiste, l'affaire Dreyfus, la république conservatrice puis radicale, l'essor du socialisme, la laïcisation de la société et de la république, et l'évolution de la diplomatie française qui sort de son isolement pour entrer dans un système d'alliance avec la Russie puis la Grande-Bretagne, avec les conséquences que l'on sait pendant l'été 1914.
C'est un livre plus dense que celui de Jean Garrigues et Philippe Lacombrade que j'ai lu récemment sur la même période et la même aire géographique, mais que j'ai trouvé passionnant à lire. Je ne saurais pas définir pourquoi, mais il m'a tenu en haleine quasiment du début à la fin. Sans doute un savant équilibre entre mon intérêt pour cette période, le style sobre mais direct de l'auteur, et une volonté de celui-ci d'éclairer les enjeux historiques tout au long du texte.
En 1794, la France compte 28 millions dont 6 millions qui ne parlent pas le français et seulement 3 qui le maîtrisent parfaitement. Lors des règnes de Louis XVIII et Charles X, les monarchistes ultras essaient d’imposer leurs idées aidés de l’Église qui est déjà en perte de vitesse notamment dans les grandes villes. Cependant, ce seront des monarchistes modérés qui s’imposeront et reprendront les administrations mises en place par Napoléon et seront soutenus par les bourgeois (aidés par les nouveaux scrutins de votes renforçant le pouvoir des plus riches). Sous la monarchie de Juillet, la révolution industrielle commencera et verra une croissance importante symbolisé par le début du chemin de fer. Une petite et moyenne bourgeoisie émergera qui a accès au vote grace au régime censitaire. Elle sera dans un premier un soutien de la monarchie. L’éducation se développera aussi avec la création de milliers d’écoles. Cependant, la croissance économique sera vite détournée par un capitalisme prédateur, qui entretient ce système grace à leur richesse impliquant un poids de vote plus important car payant plus d’impôts (le cens). Cette croissance économique voit aussi la naissance d’une classe pauvre d’ouvriers qui est décrite par les différents auteurs tels que Victor Hugo. En 1846, une crise économique frappe la France ainsi que l’Europe. La petite et moyenne bourgeoisie, autrefois grand soutien de la monarchie, se révolte car sa richesse diminue ainsi que son poids électoral du fait du système Guizot. La IIe république est proclamée en 1848 suite au soulèvement de Paris et une politique plus sociale est instaurée. Le suffrage devient universel passant de 250 000 électeurs à 9 millions. Lors des élections présidentielles de la même année, Louis Napoléon Bonaparte récoltera presque 75% des voix (5 millions d’électeurs) soutenu en masse par les paysans. Ces derniers sont nostalgiques de son oncle et le fait que la République ait privilégié les classes ouvrières aux classes paysannes entraîne un ralliement en masse. Sous la IIIème République, nous avons l’image de la ville comme un endroit où règne l’insécurité et la violence. Or en réalité, les crimes sont plus fréquents en campagne du fait d’une vie plus rugueuse et moins « sophistiquée ».
Le XIXe siècle est le siècle qui instaure la République et qui la fait rentrer pleinement dans l’esprit des Français. Le pays a vu s’affronter les héritiers de la Révolution contre les anti-révolutionnaires. Elle est aussi rentrée dans la modernité et a pu développer une diplomatie forte en Europe alors qu’elle avait ligué tout le continent contre en elle lors des guerres napoléoniennes.
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