Si l’enfant ne satisfait pas nos attentes, s’il se révèle imparfait, nous pouvons lui en vouloir de cette image déformée de nous qu’il nous renvoie. Car notre enfant est un peu notre miroir. Nous avons tendance à le considérer comme notre prolongement, comme une partie de nous. Nous projetons sur lui notre personne actuelle et attendons de lui qu’il soit celui que nous aurions aimé devenir. Il porte notre moi idéalisé. Inconsciemment, nous le chargeons de la tâche de restaurer notre image. Alors toute déception nous atteint profondément. Nous sommes particulièrement sensibles à leurs réussites et à leurs échecs.
Toute doctrine simpliste du genre “Il faut, on doit” excluant la dimension de l’inconscient paraît dès lors suspecte. Il se passe toutes sortes de choses entre un parent et son enfant. Les tenants du retour à l’autorité ne retiennent en général dans leur analyse que la dimension phénoménologique, c’est-à-dire celle qui est de l’ordre de l’observable.
Si les premiers sont racontés aux amis, à la famille, partagés dans la joie, les seconds sont plus ou moins passés sous silence, parce que culpabilisants et trop douloureux. Parce qu’ils n’ont personne à dire, à se confier sans être jugés, les parents aux réactions impulsives risquent de s’enfermer dans le secret et de se trouver piégés dans une dynamique qui peut les pousser jusqu’à la maltraitance. D’autres, refusant d’être violents, peuvent être très déprimés par ce qui leur arrive. Il y a ceux qui décident d’entamer un travail psychothérapeutique, et ceux qui ne parlent pas. Ils se contentent de fuir l’intimité avec leurs enfants, s’enferment dans une politique éducative rigide, glissent dans la dépression ou s’investissent doublement dans leur travail.
Nous nous disions que nous ferions mieux que les autres, mieux que nos propres parents.. La vie avec un enfant met les nerfs à rude épreuve. Mais qu’est ce qui nous éloigne de nos enfants au point que parfois sa simple présence soit stressante ?
Il s’agit d’abord de faire le clair sur ces ressorts inconscients qui prennent le pouvoir. Que se passe-t-il en nous, parents, face aux bêtises, déceptions, transgressions, mais aussi aux émotions et besoins de nos enfants ?
Faut-il se montrer tolérant envers soi-même en tant que parent ? La tolérance envers ses propres comportements destructeurs et le sentiment de culpabilité sont en réalité souvent concomitants. Je préfère militer pour remplacer la tolérance pour un vrai respect de soi. C’est-à-dire, sans tolérance aucune, regarder ses comportements excessifs comme tels, mais sans jugement sur sa personne. On peut se dire : “Si j’agis comme je le fais, c’est que j’ai des raisons pour cela. Reste à découvrir ces raisons pour mieux retrouver ma liberté de me comporter comme je le désire vraiment.”
En fait, dès lors qu’il s’agit de nos enfants, il semblerait que tout prenne une autre dimension. Nous avons tendance à minimiser ou excuser le comportements des enfants des autres et à majorer celui des nôtres.
Qu’est ce qui nous pousse à poursuivre dans cette voie alors même que nous sommes conscients qu’elle ne mène qu’à l’insuccès ? “Je sais bien que ça ne sert à rien, mais je ne peux pas m’en empêcher.” D’autres ne cherchent pas à s’en empêcher : ils justifient leurs cris, ne remettent pas en cause la pertinence de leur style éducatif, bien qu’eux aussi constatent l’inanité de toute attitude répressive. Leurs remarques en sont la preuve : “Il ne change pas, c’est toujours pareil...”
Il se passe quelque chose en nous qui nous dépasse, et dépasse la réalité des faits reprochés à l’enfant. Avons-nous des réactions intenses parce que nos enfants exagèrent ou exagérons-nous leur faute pour justifier l’intensité de notre réponse émotionnelle ?
Si les femmes sont perçues à avoir une tendance à la dramatisation. Il est démontré que les hommes qui réagissent avec moins de sensibilité à ce que vit l’enfant, s’ils pense souvent que ce n’est pas grave, c’est parce qu’ils le connaissent moins. Ils sont moins proches de lui et mesurent mal ses compétences et ses besoins.
Dans notre société, le doute est moins valorisé que le savoir. Celui qui “sait” est volontiers supposé avoir raison. Les conflits autour de l’éducation viennent du fait que chacun cherche à avoir raison sur l’autre. Or se positionner en termes de tort ou de raison n’est pas très efficace. Analyser ensemble les besoins et la réalité de l’enfant, faire des essais, douter sont des approches plus productives.
Beaucoup de parents prennent une attitude enfantine pour de l’effronterie, ne mesurant pas que c’est bien la démesure de leur colère qui est à l’origine de la répétition du comportement, de cette tentative de maîtrise de l’incompréhensible.
En public : le regard des autres est là, il faut que nos enfants se tiennent bien ! Nous supportons d’autant plus mal leurs écarts que nous imaginons que ce regard extérieur est sévère. Quand l’enfant se fait remarquer, le sentiment de culpabilité du parent n’est jamais bien loin. Autant de tentatives de culpabilisation de l’enfant pour tenter de calmer notre propre sentiment de culpabilité. Il est vrai que nous sommes imprégnés d’une culture de la faute. Le besoin de “faire bien”, la crainte du jugement d’autrui ou notre propre jugement sur nous-même nous empêche parfois d’appréhender la réalité et peut nous mener à manquer de discernement, voire à commettre des injustices.
Si un parent apprend que son fils a frappé quelqu’un à l’école, s’ils ont assez de sécurité intérieure ils vont se demander “qu’est ce qui se passe ?”, s’ils sont fragilisés par un drame personnel ou par leur propre histoire, leur réaction peut être tout une autre. Ils peuvent nier “C’est faux, je n’ai pas élevé mon fils comme ça”. Ils obligent leur enfant à refouler, à mentir pour ne pas décevoir. Ils peuvent aussi se positionner en victime “Non, c’est faux, il s’est défendue parce qu’il se fessait frapper”. Ces parents surprotecteurs sont dans une telle nécessité d’idéaliser leur enfant, et de se voir eux-mêmes comme bons parents, que cela prime sur le reste.
En donne en fonction de son image à son enfant les besoins nécessaires et comment nous le percevons
“Tout s’est bien passé” = Je n’ai pas été assez attentif, j’étais centré sur moi, je n’ai rien vu de ce qui se passait pour toi
Il nous faut donc apprendre à tolérer en nous une dose de culpabilité saine, qui nous permet d’être en rapport direct avec notre enfant et non avec des certitudes. Le sentiment de culpabilité est ce qui nous permet de ne pas blesser autrui. Or, nous sommes chargés de la protection de l’enfant, donc de veiller à ce qu’il ne soit pas blessé.
Non ce n’est pas la “faute” des parents, et nous avons malheureusement tendance à inverser nos responsabilités. Apprenons à remettre les choses à leur juste place. Nous avons de responsabilité que sur ce qui est en notre pouvoir et c’est déjà beaucoup.
Si nous arrivions à moins nous culpabiliser, nous chercherions moins à nous voir parfaits. Nous pourrions davantage assumer nos responsabilités.
La violence envers l’enfant n’est pas pulsionnelle, elle est impulsive ou compulsionnelle. Dans tous les cas, elle est sans rapport avec le comportement de l’enfant, ceux-ci sont au mieux des déclencheurs, pas des causes. Les parents ne frappent pas par méchanceté, plaisir ou perversité, il est animé d’une impulsion qui le mène à frapper ou blesser l’enfant pour éviter une angoisse qui sinon le submergerait.
Donner la fessée n’est pas productive et malgré l’inutilité de celle-ci, une mère continue à l’utiliser. Dissonance cognitive : Lorsque nous manifestons des comportements qui contredisent nos valeurs, nous avons une forte propension à réorganiser nos pensées pour la faire coller à nos actes, pour la justifier. On pourrait faire le contraire, mais ce serait méconnaître la puissance des automatismes.