Jorge Volpi, écrivain mexicain né en 1968, dissèque le corps tiède de son père, mort deux ans auparavant, pour en regarder le cerveau, la main, le coeur, l'oeil, l'oreille, les parties génitales, la peau, les jambes et le foie, autant de parties qui constituent son essai et lui permettent de structurer tout ce qu'il pense de ce monde, et surtout de son pays lui-même pourrissant, le Mexique. Dans une volonté coriace de se raccrocher au tangible et à l'expliqué, il émaille ses anecdotes familiales et politiques de considérations érudites tirées de la peinture, de l'histoire, de la médecine, de la musique comme pour nous "prouver" ce que nous sommes... mais il n'est jamais aussi bon que lorsqu'il raconte "simplement" son père, avec la pudeur d'un tourment affleurant, qu'il sait magnifiquement contrôler, loin du cliché des auteurs furieux et sanguins qu'on aime imaginer. Une lecture nourrissante mais jamais écrasante, au plus près de l'auteur qui nous aide à comprendre que l'ensemble d'un être humain ne se résumera jamais à ses parties, et assouplit notre tolérance face aux différentes trajectoires que chacun mène dans son existence, sans toutefois en contrôler tous les paramètres. Déroutant, inclassable, mais surtout, malgré l'autopsie... toujours vivant.