Léa a grand besoin d’air. Pour guérir de la peine d’amour qui l’a laissée blessée et amère, il lui faut bouger à tout prix, fuir Québec, fuir Loïc qui ne l’aime plus. Sur un coup de tête, elle quitte son travail auprès des personnes âgées, vide son compte en banque jusqu’au dernier sou et monte, avec quelques amis, dans un tacot pourri. Direction : l’Ouest canadien, la vallée de l’Okanagan. Là où, depuis des générations, de jeunes hippies vont cueillir des fruits, faire la fête, se soûler de liberté et découvrir le charme ensorcelant du no future. Dans ce climat d’insouciance où tout prend des allures de renouveau, Léa recouvre ses forces, apprend la solidarité et, entre la solitude de l’écriture et le réconfort de la vie grégaire, trouve son point d’ancrage, l’exact lieu de son équilibre.
Avec ce troisième roman, l’auteure de Patchouli et de Veiller la braise nous offre une aventure enivrante en même temps qu’une réflexion profonde sur cette vie qui ne cesse de nous défier. Elle le fait avec une clairvoyance, une maturité qui n’ont pas fini de nous étonner.
Sara Lazzaroni est une auteure que j'apprécie énormément depuis que je suis tombé sous le charme de son roman Veiller la braise (quel titre...). Avec Okanagan, on revient au voyage, thème important de son premier livre, Patchouli. On suit un groupe d'amis qui fuient leurs échecs en allant faire la cueillette des fruits, mais surtout le party pour oublier leurs mésaventures... C'est poétique, c'est agréablement bien écrit, quoique quelques lourdeurs. J'aime beaucoup la plume de Lazzaroni, car elle est teintée de maturité et de réflexions toujours pertinentes. Ça fait parfois mal de voir le mal de vivre de la protagoniste Léa, mais en même temps, c'est si beau...
C'est la première fois que je reconnais mon style d'écriture, ou plutôt mes propos, dans un livre. Je rédige parfois des pseudo journaux intimes et à plusieurs reprises dans ma lecture, j'avais l'impression qu'une phrase de l'auteure aurait pu être la mienne. Je ne sais pas si c'est une bonne ou une mauvaise chose, en tout cas, c'était étrange.
Je ne peux faire autrement que de penser au personnage de Hanna dans Girls pour introduire Sara Lazzaroni, elle est vraiment une voix des plus puissantes de sa génération. J’ai rarement lu une auteure de mon âge, qui nommait avec autant de beauté, de talent et d’imaginaire ce que je ressentais, ce que je voyais et ce que je vivais. Les romans de Sara Lazzaroni, Patchouli, Veiller la braise, et maintenant Okanagan, viennent me toucher par leur façon de représenter l’entièreté d’une génération aux prises avec une recherche identitaire, un désir de vivre et paradoxalement, une mélancolie qui ne quitte pas.
Dans ce dernier roman, Lazzaroni y raconte l’histoire de Léa qui part avec ses amis dans l’Ouest canadien, à Okanagan plus précisément, cueillir des cerises. Cette Léa, habitée d’une profonde tristesse, mais d’un sentiment très puissant d’urgence de vivre, partira à l’aventure, dans une voiture fiable à moitié, le coeur persuadé d’aller chercher une liberté nécessaire à sa guérison.
C’est par la poésie, l’écriture, le voyage qu’elle se sent le plus vivre, qu’elle se libère de ses tourments et de ses souvenirs gris. En peine de sa relation avec Loïc et consciente de son besoin d’unicité qu’elle avait avec lui dans cette grande histoire d’amour, on sent dans le comportement de Léa un besoin de changer de vie, de décor, de voir autre chose. Complètement intègre avec ses émotions, elle prend conscience de l’échec de cet amour sauvetage qui, elle l’espérait, la guérirait de ses douleurs, de ses failles, de ses noirceurs. Un amour, comme souvent le sont les premiers, invasif, destructeur, entier et ainsi, dépendant, malsain et bien évidemment, passager.
Cette histoire d’amour déchu devient comme l’élément motivateur de ce changement nécessaire dans sa vie. Elle nous racontera tout au long de son voyage des moments de leur histoire et tranquillement, on y décèlera une libération. Léa n’est plus avec Loïc et, enfin, elle respire, elle s’élance dans la découverte, dans la création, dans la poésie. Ce voyage lui amène l’introspection nécessaire pour prendre conscience de l’importance de ses choix et ses décisions dans son propre bien-être intime.
Par son travail avec les personnes âgées, Léa est d’autant plus habitée de cette urgence de vivre, de sentir, de découvrir, mais elle est aussi menée par ce nuage gris qui ne la quitte pas. Une contradiction des plus modernes, emprise de cette génération insatisfaite, qui peut rêver à tout et qui rêve toujours d’un lendemain plus lumineux. Bien qu’une représentation sociale de cette jeunesse qui quitte tout pour se retrouver s’y prête bien, j’y voyais surtout un portrait clair et doux de ces jeunes Milléniaux comme on les appelle, qui veulent changer le monde, les façons de faire, qui ne se contentent pas de la norme et des conventions. On perçoit dans le roman aussi des critiques bien propres à cette génération : un retour aux sources, au minimalisme, à l’environnement, etc. Léa et ses amis ne veulent pas perdre la chance d’être vie en ne vivant pas le plus extraordinaire, le plus propre à leurs coeurs.
Ce que je retiens de ce roman, auquel je reviendrai souvent, c’est l’importance du voyage, de la découverte de soi, de l’introspection, de cette envie bien puissante et créatrice de vouloir être bien, d’être une meilleure version de soi. Il y a aussi un souffle de mélancolie et de tristesse qui parcourt les pages et qui vient d’autant plus donner du rythme et de la puissance à ce besoin de poésie, de livre, de musique, d’art, qu’ont Léa et ses amis. Se ressourcer dans des décors inconnus, dans des mélodies ensorcelantes et dans les mots des autres, c’est un peu cela parfois, le secret du bien-être.
L’écriture de Lazzaroni m’ensorcelle depuis les premiers mots de Patchouli. Elle est d’une justesse, d’une précision et d’une poésie imagée qui me bouleverse et me donne envie de tout souligner dans ses bouquins. Okanagan n’y fait pas exception!
Ce n’est pas le roman du siècle, mais je le conseille à toutes celles qui sont allées dans l’Ouest, adolescente ou jeune adulte : ça rappelle beaucoup de souvenirs et plusieurs passages font franchement sourire !
J'ai bien aimé faire la découverte du quotidien de ces jeunes qui partent travailler dans l'ouest. Le ton est agréable, même si j'étais parfois agacée par certaines envolées poétiques. Je lui mettrais un 3,5.