Réponse à un acte d’accusation
Oui, de l’ancien régime ils ont fait tables rases, Et j’ai battu des mains, buveur du sang des phrases, Quand j’ai vu par la strophe écumante et disant Les choses dans un style énorme et rugissant, L’Art poétique pris au collet dans la rue, Et quand j’ai vu, parmi la foule qui se rue, Pendre, par tous les mots que le bon goût proscrit, La lettre aristocrate à la lanterne esprit.
Et c’est, ô noir poëte à la lèvre irritée, Sur ton crâne géant qu’est cloué Prométhée.
Le poëte a saigné le sang qui sort du drame ; Tous ces êtres qu’il fait l’étreignent de leurs nœuds ; Il tremble en eux, il vit en eux, il meurt en eux ; Dans sa création le poëte tressaille ; Il est elle, elle est lui ;
Il faut que le poëte, épris d’ombre et d’azur, Esprit doux et splendide, au rayonnement pur, Qui marche devant tous, éclairant ceux qui doutent,
Le genre humain pensif – c’est ainsi que nous sommes – Rêve ébloui devant l’abîme des grands hommes. Ils sont, telle est la loi des hauts destins penchant, Tes semblables, soleil ! leur gloire est leur couchant ; Et, fier Niagara dont le flot gronde et lutte, Tes pareils : ce qu’ils ont de plus beau, c’est leur chute.
Mes vers fuiraient, doux et frêles, Vers votre jardin si beau, Si mes vers avaient des ailes, Des ailes comme l’oiseau. Ils voleraient, étincelles, Vers votre foyer qui rit, Si mes vers avaient des ailes, Des ailes comme l’esprit. Près de vous, purs et fidèles, Ils accourraient nuit et jour, Si mes vers avaient des ailes, Des ailes comme l’amour.
Penchée, elle m’offrait la cerise à sa bouche ; Et ma bouche riait, et venait s’y poser, Et laissait la cerise et prenait le baiser.