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223 pages, Paperback
First published January 1, 1930
'Et les voilà! Voilà les Juifs ! J'ai tout de suite pensé à des personnages extraordinaires descendus ce matin de la planète la moins explorée; mais c'était bien les Juifs. Ils étaient tout noirs sur la neige et leur barbe et leur caftan leur donnaient l'allure d'autant de cyprès. Le vent soulevant barbes et caftans, ces cyprès frémissaient. Eh bien ! et je me l'avouais, transporté d'étonnement je n'avais jamais rien imaginé de pareil. Ah! mon ignorance, toi qui croyais connaître toutes les espèces d'hommes qui tassent la terre à coups de pieds! Et ceux-là vivaient en Europe, à quarante-cinq heures de Paris ?
[...]
J'armai mon appareil photographique et me mis en batterie. Avez-vous jeté une pierre dans un groupe de moineaux? Mes Juifs s'envolèrent.
Peut-être n'en retrouverai-je plus d'aussi beaux ?' p.68-69

'Le grand-père s'appelait Murgraff. Quand on entra dans le magasin, on vit un homme assis, la tête penchée sur un livre de comptes.Londres was a man of his time. Nevertheless, it is clear that his intentions are honest and good. It seems that he can accept more easily Eastern European Jewish youngsters trying to assimilate and build a modern life in Europe or those youngsters who understood that Europe isn’t the place to be and immigrated to Palestine, to build the new Jewish society.
- Il y a une erreur d'un shilling, cria sa petite-fille, un shilling, c'est considérable!
Le vieux Murgraff sourit. Quarante années d'Angleterre avaient fait du tort à l'orthodoxie de sa barbe, mais la race était sauve.' p.30-31
'L'odeur est spécialement juive - juive orthodoxe. Dans un cinéma, à Cernauti, elle me chassa avant la fin. Cette odeur est un mélange d'essence d'oignon, d'essence de hareng salé et d'essence de fumée de caftan, en admettant qu'un caftan fume comme fume la robe d'un cheval en nage. Individuellement, peut-être, ne dégagez-vous aucune odeur, je le souhaite, mais groupés en lieu clos, vous empoisonnez, Messieurs !' p.172
'Un pogrome est une espèce de rage. Elle n'atteint pas les animaux, mais seulement les hommes et, en particulier, les militaires et les étudiants. Qui la leur communique? On croit, jusqu'à présent, que ce sont les gouvernements. Les gouvernements qui regardent vers l'ouest ne sont pas atteints par ce virus. Ceux qui regardent vers l'est l'ont dans le sang.Continuing his trip, he travelled to Palestine and wrote about the rising tension between Zionists pioneers and Palestinians. He felt the ominous atmosphere.
Les enragés ne mordent pas chacun. Les Juifs, uniquement, leur portent aux dents. La vue du caftan, des barbes et des papillotes les électrise.' p.106
'Rentré en France, j'en étais là de mon récit quand, au début d'un beau soir, un ami poussa ma porte et me jeta:Londres has done what a true journalist does: He returned immediately to Palestine to write about this dramatic development, the ‘1929 Palestine riots': Thousands of Arab rioters attacked Jewish settlers all over the country resulting in hundreds of deaths and injuries, mostly unarmed people.
On tue tes Juifs à Jérusalem !
Je bondis hors de mon encrier.
L'ami me tendit un journal. On les tuait ! On les tuait même quelques mois en avance sur le programme.
Alors j'envoyai promener mon porte-plume. Je pris mon chapeau, le train, puis le bateau.
Je repartis pour la Terre Promise. p.237
'La main-d'œuvre arabe est décidément à bon prix: les assassins n'auront droit qu'à dix cigarettes par tête de Juif !‘Le Petit Parisien’ published the articles Londres wrote under the tragic title of ‘Le Drame de la race juive : des ghettos d'Europe à la Terre promise’. When the book was published a year later it received the rather optimistic title of 'Le Juif errant est arrivé'. At the end of the book Londres asks himself:
Holà, l'Europe! on saigne en Palestine...
Le "home national" devient la boucherie internationale!' p.248
'Le Juif errant est-il arrivé ?There is a certain naivety in his second question...
Pourquoi pas ?' p.285

'La visite achevée, le rabbi gagna le quai de la gare.
Il laissa partir le pullman et prit, dix minutes après, le train des gens raisonnables.
Naturellement, je m'installai en face de lui.
Ma conduite ne m'était pas dictée par un caprice. Cet homme tombait à point dans ma vie. Je partais, cette fois, non pour le tour du monde, mais pour le tour des Juifs, et j'allais d'abord tirer mon chapeau à Whitechapel.' p.13
'Herzl réussissait. Il lança un livre, le Palais Bourbon, qui fit les beaux jours de l'Europe centrale. On jouait ses pièces à Vienne, à Berlin. La Neue Freie Presse le nommait directeur littéraire.
Au bel homme, la vie était belle, quand soudain...
Quand éclata l'affaire Dreyfus.
Il entendit, dans les rues de Paris, le cri de "Mort aux Juifs !"
Jusqu'ici Herzl avait vécu en dilettante. On raconte bien que, dans son jeune âge, il aurait dit au docteur de sa famille: "Il n'y a, pour nous autres Juifs, qu'un moyen de former une nation respectée, c'est de nous en aller en Palestine. - Qui nous y conduira ?" Et qu'il aurait répondu : "Moi ! "' p.50
'J'ai rencontré le Juif errant. Il marchait dans les Carpates, peu après le village de Volchovetz. Ses bottes étant trouées, on voyait que ses chaussettes l'étaient aussi. Un caftan bien pris à la taille l'habillait du cou aux chevilles. Sur sa chevelure noire, un chapeau large et plat d'où s'échappaient deux papillotes soignées achevait la silhouette légendaire. Une étoffe à carreaux formant double besace, dont l'une battait son ventre, l'autre son dos, pendait de son épaule gauche. Il allait à grandes enjambées, marquant son chemin dans la neige.' p.93
'Ce n'était pas la première fois que je touchais cette question de parenté juive par-dessus les frontières. Ma poche contenait des lettres de Juifs anglais pour des cousins de Berlin, de Varsovie et même de Constantinople. En épousant le costume européen, le Juif de l'Est épouse l'Europe et l'Amérique !' p.115
'- Regardez; là, que voyait-on en 1910? Une dune. Et là que voit-on aujourd'hui ? Une immense ville. La ville est à la place de la dune, voilà tout, et c'est Tel-Aviv! Voilà la rue Herzl, l'avenue Rothschild, la rue Max-Nordau, le gymnase, le municipal, le casino, la synagogue, dont on découvre la coupole de la mer, au-dessus de tout! On construit un théâtre qui sera magnifique. Ah! c'est beau chez nous !' p.131
'Nous sommes un peuple polynational, disait Ben le Tchécoslovaque. Un jour, l'Europe sera aussi polynationale. Et polynational ne veut pas dire moins national. Quand l'Europe sera polynationale, la question juive tombera.' p.136
'Savez-vous que les Juifs de ma catégorie sont les plus malheureux? Les religieux attendent le Messie. Les assimilés deviennent lords en Angleterre ou députés en France. Les sionistes marchent vivants dans leur rêve, mais nous, les déserteurs du ghetto? Nous sommes les vrais Juifs errants.' p.210
'Les Juifs nouveaux retournèrent la pièce. Le docteur en droit devint terrassier, l'étudiant, paysan. Ce casseur de pierres vendait des tableaux à Moscou. Ce gardien de vaches était violoniste à Prague. Ce coiffeur de Tel-Aviv plaidait brillamment à Lwow. Cette fermière chantait au Grand Théâtre de Varsovie, et ce Juif, naguère professeur de religion à Vilna et que voici au pied de Nazareth, est berger! Un Juif berger? Jusqu'à ce jour, je n'avais connu que des Juifs banquiers!' p.228-229
'Heureux ? Profondément heureux d'être juifs. Ailleurs, partout dans le reste du monde, quand un Juif commet une mauvaise action, ce n'est plus ni un Français, ni un Allemand, ni un Belge, ni un Anglais, c'est un Juif! Un Juif découvre-t-il une grande chose? fait-il honneur à l'humanité ? Alors, ce n'est plus un Juif, c'est un Allemand, un Belge, un Anglais, un Français. Pour chacun, Einstein est allemand, Bergson est français. Tous ces Juifs d'ici déclarent qu'ils en ont assez de collaborer à l'enrichissement des cultures anglaise, russe, française, allemande ou américaine.' p.274
Albert Londres