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115 pages, Hardcover
First published January 1, 1969
Pourquoi n’a-t-elle pas crié : « VIVE LA NATION ! » Moi je le répéterais autant de fois qu’ils le veulent. Je suis la plus docile des putains.
L’auberge, tel un bathyscaphe, échoue au milieu d’une ville engloutie. L’Atlantide ? Des noyés glissent boulevard Haussmann. (…)
Au Fouquet’s, ils demeurent autour des tables. C’est à peine si l’on distingue leurs viscères sous les lambeaux d’habits bariolés. Gare Saint-Lazare, dans la salle des pas perdus, les cadavres dérivent en groupes compacts et j’en vois qui s’échappent par les portières des trains de banlieue. Rue d’Amsterdam, ils sortent du cabaret Monseigneur, verdâtres, mais beaucoup mieux conservés que les précédents.
Je m’appelais Marcel Petiot. Seul au milieu de tous ces bagages. Inutile d’attendre. Le train ne viendrait pas. J’étais un garçon sans avenir. Qu’avais-je fait de ma jeunesse ? Les jours succédaient aux jours et je les entassais dans le plus grand désordre. De quoi remplir une cinquantaine de valises.
L’Haÿ-les-Roses. Nous avons traversé d’autres localités. De temps en temps la 11 CV du Khédive me dépassait. L’ex-commandant Constantini et Philibert roulaient à mes côtés l’espace d’un kilomètre. Je croyais mon heure venue. Pas encore. Ils me laissaient gagner du terrain. Mon front bute contre le volant. La route est bordée de peupliers. Il suffirait d’un geste maladroit. Je continue d’avancer dans un demi-sommeil.
J’avais au départ une grande fraîcheur d’âme. Cela se perd, en cours de route.