Franchement décevant, une prose adolescente, des détails historiques qui masquent très mal une vision totalement anachronique des époques concernées (dans le premier tiers, l’héroïne de moins de 20 ans est nommée « Directrice de la région Sud » de la multinationale de son père, dans les années 1920), une obsession de la richesse et de la noblesse presque malsaine et des personnages hyperboliques, tous sublimes (les femmes sont des « sylphides », les hommes des « apollons »), surdoués, incroyablement privilégiés, qui baignent dans le luxe et l’opulence, mais n’en sont pas moins comme par hasard éclairés, féministes, antiracistes, présentés comme bienfaisants et s’opposant soit à des méchants transpirant tout autant la caricature, ou bien à des conservateurs sans mauvaise volonté réformés en un coup de baguette magique. Les intrigues sentimentales sont faites d’extrêmes et de péripéties brusques pas le moins du monde crédibles. Disney fait largement plus dans la subtilité.
Deux étoiles plutôt qu’une car il faut reconnaître la démarche investie de l’auteure qui n’a pas fait l’économie dans son récit de précisions et d’incursions dans toutes les périodes et situations géopolitiques imaginables sur plus d’un siècle, même si le plus souvent ça n’apporte rien à la trame et alourdit une galerie de personnages assez insipides (oui, ce genre de narration selon laquelle chaque nouvelle introduction justifie une histoire généalogique rocambolesque sur trois générations...)
Bref, lu et terminé car on me l’a offert, je n’aime pas faire dans l’élitisme littéraire et me réjouissais d’entamer pendant mes vacances un roman « péché mignon » dont l’intrigue était comparée à celle de Downton Abbey. Je m’attendais forcément à une mise en avant de la haute société du début du 20ème, mais avec un minimum de réalisme et d’analyse des travers et hypocrisies de cette époque... à la place, on a le droit à quelques molles critiques superficielles qui ne s’attaquent jamais à la racine des structures sociétales dépeintes, et renforcent au contraire une fascination pour les privilèges héréditaires, le culte de la beauté et des rôles de genre bien établis...
Mais que cette lecture fut laborieuse... et devant tant de relents de « white saviourism » c’est assez effrayant d’imaginer que l’auteure travaille dans un think tank spécialisé en géopolitique !