(3/5, I liked it)
Un roi veut jouer dans la cour des grands. À l’instar de la France, de l’Angleterre, de l’Espagne et du Portugal, la Belgique, par l’ambition de son roi Léopold, veut afficher son drapeau ailleurs. Léopoldville! Devant l’inexistante possibilité de s’étendre en Europe et devant l’échec d’entente commerciale (achat, location) en Amérique du Sud, dans le Pacifique ou en Asie, c’est vers l’Afrique que le monarque canalise ses énergies.
Dans CONGO, Éric Vuillard —brillant auteur que j’ai découvert l’an dernier avec le Goncourt L’ORDRE DU JOUR— amène le lecteur dans les machinations politico-économico-diplomatiques qui ont permis à la Belgique d’accéder au statut de colonisateur. Il nous présente les joueurs, lustres et perfides, ayant joué un rôle dans ce jeu de pouvoir. Ce qui se passe en arrière-scène, ce qui se joue sur le terrain, ce qui se trame en assemblée. Il y a également les autres pays, dont les représentants sont réunis en 1884 à la Conférence de Berlin pour établir le fractionnement de l’Afrique, les règles de passage, d’échange et de commerce dans les colonies. On exploite les richesses, on se les partage, on s’enrichie tout en asservissant les locaux aux labeurs liées à l’accroissement. On brûle les villages, on s’approprie.
Et toujours cette Belgique.
« Le Congo, ça n’existe pas. Il n’y a qu’un fleuve et la grande forêt. Ça fait quatre-vingt fois la Belgique et même quatre-vingt fois rien, ça finit par faire quelque chose. »
Le style de l’auteur n’est pas toujours simple à lire, c’est très « journalisme français » (dans le sens péjoratif du terme) : beaucoup de mots, parenthèses sur parenthèses. Toutefois, on finit par s’y retrouver, à saisir l’essence et à être outré par la bonhomie et le détachement appliqués par les colonisateurs, par la puissance du gain potentiel et du pouvoir qui l’accompagne.
«Le Congo coûtait cher. Il fallait donc lui soutirer son ivoire et son caoutchouc pour qu’il se finance lui-même.»