Ce nouveau roman marque un changement radical de manière pour Ying Chen. Elle qui nous avait habitués à des livres intimistes narrés par une envoûtante voix féminine, elle nous donne ici un roman aux accents historiques et politiques sur la Chine révolutionnaire et ses liens avec l’Occident. Puisqu’il s’agit de Ying Chen, l’écriture reste bien sûr d’une constante retenue et d’une concentration exceptionnelle. Et si le protagoniste demeure anonyme – il s’agit d’un homme, cette fois, un Occidental né dans un pays vide et froid qui trouve la mort au cours d’une vaste guerre révolutionnaire en Asie, où il s’est porté volontaire à titre de médecin de campagne –, le lecteur ne peut s’empêcher d’y reconnaître la figure de Norman Bethune.
Renvoyant dos à dos le culte du héros romantique, comme on le chérit à l’Ouest, et les idéaux collectivistes, non moins romantiques, de la Révolution chinoise, ce roman perce à jour les discours, dégonfle la propagande, démonte le mécanisme de la cupidité qui engendre la violence.
Cette œuvre de fiction, signée par une Chinoise qui vit au Canada depuis trente ans mais qui a gardé des liens étroits avec son pays d’origine, nous offre un aperçu saisissant de la façon dont quelques-uns des bouleversements les plus grands de l’histoire récente ont été vécus en Chine. En même temps, elle nous fait prendre conscience de la vanité de l’Occident, qui n’a de cesse de se précipiter pour « aider » les pays qu’il juge moins développés. Surtout, elle montre la tension permanente entre l’individu et la collectivité, met au jour les mécanismes profondément enfouis dans les consciences donnant secrètement naissance aux événements qui serviront plus tard à fabriquer l’«histoire officielle».
Ying Chen (en chinois, 应晨) est une écrivaine sino-canadienne née à Shanghai en 1961. Ying Chen y poursuit ses études universitaires jusqu'à l'obtention de sa licence-ès-lettres françaises. Outre le dialecte de sa région et le mandarin, elle a appris le russe, l'italien, l'anglais et le français. En 1989, elle vient étudier au département de langue française de l'Université McGill. Elle a habité Magog et depuis 2003 réside à Vancouver. Elle est mère de deux enfants. Puis pour tromper la nostalgie de sa Chine natale, elle se met à l'écriture jusqu'à y consacrer douze heures par jour. Lorsqu'elle commence ses journées, elle se laisse bercer par la musicalité des textes de Marcel Proust qu'elle lit à haute voix. Son premier roman La mémoire de l'eau relate l'histoire de la Chine contemporaine à travers les yeux de femmes de plusieurs générations. Son second, Lettres chinoises, a pour sujet la correspondance d'un jeune immigrant à sa fiancée restée en Chine, et témoigne du choc des cultures, du déracinement et de l'impossibilité de l'amour. Son roman L'ingratitude lui vaut le prix Québec-Paris décerné en février 1996 ainsi que le prix des lectrices de la revue Elle-Québec. Le roman Immobile a la saveur d'un conte de fées. Le temps est le principal sujet de ce roman et il porte sur la mémoire.
Ma-gni-fi-que récit qui retrace la vie de normand Bethune, bien que jamais nommé. vision intéressante de l'aide humanitaire, des divergences de points de vue entre l'orient et l'occident. .. je ne me tanne pas de l'écriture subtile et qui fesse de ying chen !
J'ai toujours aimé Ying Chen, mais là, je ne sais pas pourquoi, son style opaque n'a pas fonctionné pour moi. Je trouvais agaçant de ne jamais rien comprendre ou presque et de devoir chercher sur Internet les informations qui permettaient de comprendre l'histoire. Ce roman aurait été beaucoup plus puissant si l'auteure était sortie ne serait-ce qu'un peu de ses habitudes d'écriture puisqu'elle parle de faits réels. Ça aurait pu donner quelque chose de très grand.