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216 pages, Paperback
Published October 1, 2016
« Il est parti, me laissant seul, dans une vie qui ne se déployait qu’en fonction de lui, qu’à partir de lui. Il est parti et je dois vivre avec un corps et des organes que je dois faire fonctionner tout seul, sans lui. Alors que ma mère survivait en statue pétrifiée sur un canapé, je suivais quant à moi le cours de mon existence, en marionnette désarticulée, sans envies, et depuis peu, sans reflet. »
«J'ai pris une douche et je me suis habillé. Le vide dans le miroir était pesant, ce matin, et je me suis tenu devant la glace quelques minutes, pour observer un point noir qui se détachait sur la faïence blanche. Je me suis alors demandé si la petite tache était sur le tain du miroir ou sur le carreau blanc derrière moi. La question pouvait sembler stupide de prime abord, mais pour moi, elle était primordiale. Si le point se situait sur la faïence, cela signifiait que j'étais totalement transparent. Si par contre ce dernier était sur la glace, mon corps pouvait former une masse, certes invisible, mais solide, face au miroir. Je n'ai finalement pas osé vérifier la position de la tache noire, me promettant de le faire quand j'aurais résolu le mystère de la veille.»
«Lentement, je me suis agenouillé devant la cuvette des toilettes et j'ai vomi, longuement, consciencieusement, jusqu'à éliminer la dernière trace de bile, et ressentir de nouveau ce vide, si familier, à l'intérieur de moi. J'ai vomi la vie, son cortège de rires et d'espoirs puis j'ai vomi Kada, le soleil, la danse, les baisers de Houaria, sans oublier les paninis, la calentica, le pain chaud et la foule joyeuse des marchés d'Oran. J'ai vomi pour accueillir la désolation qui m'attendrait à Alger. J'ai vomi mon âme, en guise d'au-revoir ou d'adieu, puis j'ai rangé mes affaires, quitté la chambre et payé ma note d'hôtel.»
«La nouvelle génération est épouvantable. J'aimerais tellement en faire partie.»