Le livre de Chloé Delaume est le récit d'une réminiscence. Il remonte le temps afin de faire voler en éclats un passé oppressant. Sa virulence a la puissance du cri. Véritable leitmotiv du roman, la métaphore du sablier se propage, se ramifie : elle dessine la figure centrale et traumatisante d'un père " sédimentaire " et d'une " enfant du limon ". Ni pathos ni complaisance. Mais la tentative, à l'âge adulte, de répondre au questionnement d'un enfant, tentative rendue possible par une certaine douceur de l'ironie. Tout passe par le prisme d'une langue singulière, débordante d'inventions. Le style est démesuré, tantôt lapidaire, tantôt abyssal. Les mots se bousculent, deviennent envahissants, jusqu'à donner une impression de fusion
Chloé Delaume, de son vrai nom Nathalie Dalain, née à Versailles le 10 mars 1973, est une écrivaine et éditrice française. Elle est également performeuse, musicienne, chanteuse, de manière plus anecdotique. Son œuvre littéraire, pour l'essentiel autobiographique, est centrée sur la pratique de la littérature expérimentale et la problématique de l'autofiction.
Sortir de sa zone de confort. Craindre au début l'exercice de style pédant. Prendre le temps de comprendre l'habile courtepointe des mots de Delaume et être soufflée par la maîtrise de la langue, l'écorchure des sens, la justesse de l'écriture. Respect. ❤
This is an autobiography, the story of a traumatisme so huge that maybe it's impossible for the author to write about it in a classic way. Because what happened to her as a child is so terrible that it is difficult to imagine anybody could survive it and even less survive it intact. Chloé Delaume created her own style, it's at times poetic, but also quite difficult to follow. Punctuation and articles disappear, adjectives become verbs and vice-versa. I did not expect that style of writing, and I do not like that kind of surprise. Still, I got used to it, but I can't say I enjoyed it. I tried to find metaphors, to analyse some of the strange sentences, without success. So I gave up on the ones that did not seem to make sense. I know it sounds bad, but at times, I felt the author was throwing up words. I am still glad I read this book, because it is totally different from anything I have ever read, even if I can't say I enjoyed it.
Un livre émouvant et choquant dans lequel l'auteure met des mots sur l'histoire de sa vie. Raconter une enfance sous l'influence d'un père apparemment schizophrène, qui a torturé sa fille psychologiquement et physiquement. En présence d'une mère qui ne s'est pas mise devant son enfant. Jusqu'au meurtre de la mère et au suicide subséquent du père, sous les yeux de l'enfant de 10 ans. Comme si cela ne suffisait pas, le récit du placement se poursuit d'abord chez les grands-parents, puis chez la tante. Mais sans que l'auteure se voie offrir l'aide dont elle a tant besoin, il semble impossible de partager une vie avec elle. Il semble également impossible à l'auteure de mener sa vie. Les tentatives de suicide sont ainsi devenues régulières à certaines époques.
On remarque dans le récit que la mémoire de l'auteure est fragmentée par les différents traumatismes. Son récit se lit donc de manière confuse, sans point ni virgule et avec beaucoup de paraphrases, de créations de mots et d'imagination, qui ont sans doute permis à l'auteure d'écrire ces expériences.
C'est toutefois un défi pour la lectrice, surtout pour celle dont le français n'est pas la langue maternelle. Il faut beaucoup se plonger dans le texte et s'armer de patience pour apprendre le cheminement de pensée de l'auteure, afin de pouvoir s'imaginer un tant soit peu ce qu'elle a vécu et survécu.
Ce court roman autofictionnel se distingue par une écriture poétique, dense et introspective. Le texte, à la fois touchant et réfléchi, séduit par la beauté de sa langue, mais demeure malheureusement très hermétique. La métaphore filée du sable, véritable fil conducteur du récit, s’impose par sa justesse : symbole de résilience, il dépasse sa fonction de mesure du temps pour devenir à la fois instrument du destin, trace de la souffrance et matière d’une écriture réparatrice. Le cri du sablier devient alors un double mouvement — cri de douleur et souffle de vie —, une tentative de reconstruction fragile, mais lumineuse. Cependant, cette recherche stylistique intense rend parfois le texte impénétrable pour le lecteur ordinaire. On y perçoit une certaine forme de pédantisme, un goût du cryptique qui atténue l’émotion brute. L’écriture de Delaume, souvent plus percutante en vers qu’en prose, trouve ici ses limites dans une opacité un peu désuète. Le livre laisse ainsi une impression contrastée : bouleversant par sa sincérité et la force de son langage, mais parfois trop refermé sur lui-même pour toucher pleinement son lecteur.
Absolument exceptionnel. Le cri du sablier est une lecture comme nulle autre, mais une profondément poignante et mémorable. Delaume propose une langue complètement nouvelle: les phrases sont rarement grammaticalement correctes, la ponctuation (excluant le point) est quasi inexistante, les mots s’enchaînent et se bousculent de façons inattendues et bouleversantes, les pronoms n’ont que rarement d’antécédents, et ces derniers ne cessent de changer, la narration n’est pas linéaire mais demeure cohérente, etc. Et derrière ce style désarçonnant se cachent un récit sublime de trauma et de résilience (tragiquement autobiographique), un champ lexical du corps particulièrement bien développé, des métaphores touchantes et une protagoniste complexe et émouvante. Tout ça en 120 pages. Aucune excuse pour ne pas le lire.
Livre déchirant et douloureux. Très riche de références parfois difficiles à suivre et une écriture hors du commun, tout à fait unique, du jamais vu. Une écriture qui transcende la grammaire pour tenter de retranscrire l'indicible avec des mots, pour tenter de saisir l'état émotionnel qui envahi le témoins d'atrocités sans nom. Comment la littérature peut-elle dire l'indicible. L'impensable qui se produit peut-il être mis en voix ? Autant de question qui s'élèvent à cette lecture. Lecture terrible et pourtant porteuse d'espoir, une ode à la résilience, témoin d'une force d'âme inspirante.
Une expérience de lecture, récit de résilience. Le challenge et la beauté de ce récit tiennent à son style très particulier, synesthésique, très imagé, déroutant et sensitif. J'ai parfois cherché le sens de certains mots, ou références... mais je me suis globalement laissée porter par le rythme presque musical, poétique et viscéral de ce petit texte. Un vrai voyage, une lecture qui emporte forcément tout•e lecteurice qui s'immerge dans ses pages.
Je ne sais vraiment pas quoi penser de ce roman autobiographique. Je trouve l'histoire de l'autrice vraiment terrible, mais il y a tellement de mots compliqués que c'est difficile à suivre.
C’est embêtant de devoir rentrer ce livre dans une case aussi étriquée qu’un système de notation. C’est tellement particulier et unique en son genre et ça fracasse les codes de tout ce qui est propre au livre, à l’écriture, au langage. C’est difficilement accessible tant c’est jonché de métaphores aux mots dont seuls certains dictionnaires pointus ont la définition. Et on pourrait se dire presque que ça veut rien dire du coup et abandonner page 10, mais pour avoir lu ce livre le plus lentement possible et essayé de chercher la définition de pas mal des mots que je ne comprenais pas, je peux dire une chose, c’est tout sauf « n’importe quoi ». L’autrice se base sur plusieurs champs lexicaux pour décortiquer ce qu’elle a vécu et ce qu’elle vit encore et elle va creuser en eux pour trouver un nombre incalculable de mots pour écrire ce qu’elle a à crier et j’aimerais être Chloé Delaume juste le temps de 128 pages pour pouvoir lire ce livre et en comprendre chaque micro définition et référence parce que certaines phrases sont absolument fascinantes et si finement tournées que chaque mot compte et a son propre poids, et c’est brillant. Pour le lecteur c’est une expérience difficile et qui demande un taux de concentration et de patience assez important mais quand je pense au travail de l’autrice, de la perspective de quelqu’un d’autre qui a vécu des choses lourdes, bien sûr pas comparables, je trouve l’exercice d’écriture juste admirable. Pas dans le sens un peu neuneu de quelle héroïne d’avoir survécu à tout ça, non pas du tout, mais dans le sens où elle réussit à trouver comment dire des choses que très peu peuvent dire parce que pour le commun des mortels la langue nous fait souvent défaut. « J’ai pas les mots » est une phrase qu’on dit souvent face a quelque chose de trop atroce à vivre ou entendre, et Chloé Delaume avec ce livre elle a été dépouillé les dictionnaires, creuser la langue jusqu’à trouver les mots exacts, les plus précis possibles après toute une vie à pas réussir à les avoir et elle a poussé de manière obstinée jusqu’à ce qu’elle gerbe trauma dans son clavier et trouve dans les mots la force de survivre et se défendre. Et cet exercice d’écriture ça me scie en deux de respect infini. J’ai beau avoir eu du mal à m’accrocher et pas eu la meilleure expérience de lecture parce que j’ai les facultés cognitives d’un poulpe mort la majorité du temps, j’ai quand même trouvé dans ce livre quelque chose d’assez incroyable en son genre et ça m’a beaucoup touché aussi.