Que sont donc "Les têtes à Papineau" de Jacques Godbout? Dix ans après ma première lecture, je me pose toujours la question. S'agit-il d'une allégorie de la situation québécoise? François et Charles Papineau sont des jumeaux siamois joints par le corps mais possédant deux têtes. Un chirurgien de Vancouver leur fait miroiter la possibilité d'une union totale en joignant leurs deux têtes scindées puis recollées. La séparation des deux têtes ne passera pas par un référendum, et le résultat final sera un homme unilingue anglais déconnecté de sa famille et de son passé.
Les symboles sont empilés sans retenue par Godbout qui s'amuse beaucoup de notre situation monstrueuse. Bien sûr, en en riant autant il en révèle l'idiotie profonde . Chaque nation subit ses propres petites maladies mentales qu'elle charrie dans tous les colloques internationaux et se construit une littérature enragée de psychanalyse qu'elle fait traduire à grands renforts de bourses et de programmes culturels.
"Pour nous, après tant d'années de vie commune, il est question de perdre la tête. Aucun des deux n'en sortira indemne. Et si nous ne nous y risquons pas, nous sommes condamnés de toute manière. Car il semble assuré qu'emmanchés, soudés, accrochés ainsi que nous le sommes, inévitablement, l'un rendra l'autre zinzin. Et nous mourrons rapidement tous deux ensemble. En-sem-ble."
Pour ma part, plusieurs détails de l'écriture de Godbout m'échappent quant à leur signification ou leur pertinence. Certaines jokes, beaucoup de mots, des choix dans le style... J'ai eu l'impression que le roman s'était écrit rapidement suite au premier référendum sur la souveraineté nationale avec un plan mal défini. Juste une impression peut être.