Jean-Michel Sallmann, Géopolitique du XVIe siècle (1490-1618) Claire Gantet, Guerre, Paix et Construction des États (1618-1714) Jean-Pierre Bois, De la paix des rois à l'ordre des empereurs (1714-1815) Pierre Milza, Du Congrès de Vienne à Sarajevo (1815-1914) Marie-Anne Matard-Bonucci, D'une Guerre mondiale à l'autre (1914-1945) Frank Attar, De Nuremberg à la fin du XXe siècle (après 1945)
Si le premier livre de la série « nouvelle histoire des relations internationales » était pour ainsi dire cataclysmique a bien des égards, le second écrit par Claire Gantet est probablement l’un des meilleurs livres « points histoire » que j’ai eu l’occasion de lire jusqu’à présent.
La période traitée s’étend de 1618 à 1714, c’est à dire du début de la guerre de trente ans et la defenestration de Prague jusqu’au traité de Rastatt qui met fin à la guerre de succession d’Espagne, un an avant la mort de Louis XIV.
Ainsi l’Autrice ambitionne d’analyser les grandes dynamiques du XVIIe qui ont participé à la construction de l’Etat moderne entre rupture et continuité avec l’Etat féodal. Elle traite d’abord de la guerre, du monopole fiscal et de la violence, des rivalités entre les différents dynasties, de l’éclatement, du déroulé et de la résolution de la guerre de trente ans et ce que « l’ordre Westphalien » signifie. Elle prolonge son analyse sur les guerres inhérentes au siècle de fer pour démontrer l’absolutisme de certains régimes et la permanence des conflits.
Et si le livre s’en était tenu à ce champ d’étude il aurait déjà rempli sa fonction. Néanmoins l’autrice s’attache à l’histoire sociale, économique et culturelle de la construction des États : elle analyse le processus de colonisation, l’importation du modèle européen, la transmission des savoirs, la mobilité comme enjeu, la vie sur le champ de bataille, l’émergence et l’essor de la diplomatie, les médias au service de l’Etat ou encore les pamphlets, la question de la nation et de la patrie au XVIIe qui sont des notions aussi absentes qu’abstraites, l’apparition du droit international sous l’égide de grotius, l’organisation administrative sous l’ancien régime. Elle mobilise des juristes, des philosophes, des politistes et historiens contemporains.
Sur la forme, le propos est clair et limpide. L’historienne n’assomme pas le lecteur avec des milliards de chiffres et de dates, il y en suffisamment pour saisir l’essentiel. En outre, ce livre est une mine d’or.