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Cuba: La faillite d'une utopie

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293 pages, Paperback

First published November 9, 1999

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Profile Image for Yves Gounin.
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April 8, 2013
Cuba est à la mode. Les touristes s’y pressent ; ils devraient atteindre la barre des trois millions. Les diplomates aussi : la direction du personnel du Quai d’Orsay croule sous les demandes de mutation à destination de La Havane.

C’est que l’île caraïbe semble vivre une délicate transition. La chute de l’empire soviétique, la désintégration du Comecon (auquel Cuba avait adhéré en 1972), la maladie du Lider maximo n’ont pas eu raison de la révolution castriste. Malgré la terrible récession qui a frappé l’île entre 1989 et 1993 (le PIB cubain a mis plus de quinze ans à rattraper son niveau de 1989), les Castro tiennent toujours solidement les rênes du pouvoirs. Mieux : ils semblent avoir renforcé leur autorité en effectuant, sur la scène internationale, une remarquable percée diplomatique. Après le pape en janvier 1998 et le premier ministre canadien, Jean Chrétien, en avril (le premier chef d’État en exercice du G7 à se rendre à Cuba), Fidel Castro a accueilli le roi d’Espagne lors du sommet ibéro-américain de La Havane de novembre 1999. Si le retour au sein de l’OEA (Organisation des États américains) se heurte au veto américain, Cuba a intégré l’Aladi (Association latino-américaine d’intégration) et est membre fondateur de l'ALBA (Alliance bolivarienne pour les Amériques) avec le Venezuela. Cuba a également rejoint le groupe des pays ACP (Afrique, Caraïbes, Pacifique) éligibles aux régimes préférentiels communautaires définis par la Convention de Cotonou.

Pour autant, cette remarquable percée diplomatique ne doit pas cacher la crise que traverse un régime véritablement à bout de souffle. Pour faire face à la crise économique les dirigeants cubains ont mis en place, à la faveur de la «période spéciale en temps de paix», un processus dangereux. Non sans hésitations (la politique économique cubaine de ces deux dernières décennies a pu être comparée à la conga, une danse populaire où l’on alterne un pas en avant et un pas en arrière) s’est mise en place une timide libéralisation économique. La circulation du dollar a été autorisée, consacrant la dollarisation de fait de l’économie. Les capitaux étrangers sont acceptés et même attirés : la participation étrangère peut atteindre 100 % du capital des entreprises (mais avec l’accord de l’État à qui les salaires doivent être versés). L’initiative privée a été reconnue : des paladares, petits restaurants familiaux, se sont multipliés tandis que les petites professions indépendantes (plombiers, menuisiers, coiffeurs, taxis ...), les cuentapropistas, se sont vus autorisées. Cette libéralisation économique, aussi timide soit-elle, a donné naissance à une classe moyenne (l’agence de presse officielle Granma préfère parler de «strate parasitaire qui s’enrichit et vit comme des bourgeois»), dont l’expression politique fragilisera inévitablement l’État.

La seconde inconnue qui pèse sur l’avenir cubain est celle de l’inévitable succession castriste. Né en 1926, Castro cumule les fonctions de président du Conseil d’État, de premier secrétaire du PCC et de commandant en chef des armées. Il n’est pas, à proprement parler, haï par son peuple. «Il est plus une sorte de grand-père encombrant dont on n’arrive pas à se défaire et dont on attend avec résignation la mort pour pouvoir enfin s’amuser un peu ...» (p. 239). Si personne n’ose évoquer l’après-castrisme, la question est dans tous les esprits. Une génération montante de technocrates émerge, timidement. Elle est entraînée par Carlos Lage, actuel vice-président du Conseil des ministres. Coqueluche de la presse occidentale, il est l’homme de l’ouverture économique de Cuba aux investisseurs étrangers. Derrière lui se profilent la silhouette de Ricardo Alarcon, qui a longtemps occupé les fonctions de représentant permanent auprès de l’Onu, aujourd’hui président de l’assemblée nationale du pouvoir populaire, et de Roberto Robaina, l’ancien dirigeant de l’Union des jeunes communistes, ministre des Affaires étrangères de 1993 à 1999.
Quelles sont les options possibles pour cette jeune garde ? Le constat d’Olivier Languepin est plutôt pessimiste. Cuba incarne pour lui «la faillite d’une utopie» : une économie «dans la tourmente», une société «sans certitudes» et, au bout du compte, une introuvable alternative pour une opposition émiettée.

Parier sur la capacité du régime cubain à se réformer de l’intérieur est sans doute pertinent et sage. Cela vaut incontestablement mieux que le désir de vengeance que nourrit la diaspora cubaine à Miami, il est vrai affaiblie par la disparition de son chef charismatique, Jorge Mas Canosa. Pour autant, ces analyses ressemblent trop à celles que nourrissait l’URSS dans les années 70 pour convaincre totalement. À l’époque, les kremlinologues avaient eux-aussi compté sur la capacité du communisme soviétique à se réformer de l’intérieur. N’était-ce pas là le pari de Mikhaïl Gorbachev ? Pourtant, l’Histoire allait montrer que le marxisme-léninisme n’était pas réformable (sauf à limiter, comme la Chine et le Vietnam en font l’expérience, les libertés au seul champ économique) et que les aspirations de la population à plus de liberté et de richesse l’emportent sans peine sur le gradualisme des équipes dirigeantes.
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