«Il y avait foule autour de Bouhoussou, ce soir-là. Pas que des jeunes de sa génération, ou des gamins un peu curieux, mais des adultes de la génération juste avant la leur. Les temps changeaient décidément. C'était à qui l'étreindrait le plus fort et le plus longtemps. Ce qu'on appelait un peu abusivement "jouer avec les seins". Mavoungou ne put supporter la scène qui se déroulait sous ses yeux.» Captive du cercle de ses soupirants, captive de la tradition vili au Congo, la jeune et belle Bouhoussou est soumise aux rites drastiques de l'initiation des filles nubiles. Mavoungou, non moins beau et jeune, est tombé amoureux d'elle. Mais elle est destinée à épouser «l'or des femmes», un homme noble et bien plus âgé qu'elle. La contestation gronde chez les jeunes. Les femmes devront-elles toujours payer un prix exorbitant pour accéder à «l'or», c'est-à-dire à l'homme? ... D'aventure en aventure, au cœur d'une société africaine qui s'ouvre, dans une rare intimité, sous nos yeux, ce roman nous montre, avec la sensualité la plus vive, les carcans bientôt insupportables d'une cruelle tradition que les désirs, par éclairs, détournent.
Découverte des traditions vili où la femme tient le rôle d’objet pour son mari et en même temps le rôle matriarcal pour son clan lorsqu’elle doit choisir le meilleur mari pour ses descendantes. Histoire romancée qui nous plonge dans le conflit de génération auquel la société Vili doit faire face. Pour un avenir meilleur pour les jeunes générations
Citation : Le mariage n'est pas un jeu. Dans nos us et coutumes, il s'agit là d'un acte visant à perpétuer la famille, à travers une alliance entre familles qui se connaissent et s’apprécient. Il s'agit de pérenniser des liens. C'est d'ailleurs pourquoi la plupart d'entre nous ont plusieurs femmes, que le plus souvent nous ne connaissions même pas avant de nous engager. Mais nous connaissons leurs familles et savons d'où elles viennent. Ce qu'elles valent. C'est cela qui est important. Qui donne le poids à une union.
Remarquablement bien écrit par la plume de Mambou Aimée Gnali, on découvre une histoire d'amour hors du commun et surtout très instructive sur les us et coutumes ancestraux qui se révèlent au fil des pages. Vili, un peuple parmi tant d'autres au Congo sera mis à l'honneur dans ce roman avec pour sujet : la condition des jeunes filles nubiles, donc en phase de se marier, par les rites, en passant par la polygamie... En clair, sur les mariages arrangés.
Mavoungou, la vingtaine, est amoureux de la belle Bouhoussou depuis l'enfance et espère qu'elle devienne sa femme, dans un futur proche. Sauf que dans certains pays en Afrique, notamment dans celui-ci, il y a des règles, des traditions qui existent depuis la nuit des temps, à ne surtout pas bannir... Et quand les anciens parlent, souvent considérés comme la sagesse incarnée, il faut écouter et suivre les conseils.
Tous les deux s'aiment et vivent un amour discret, passionné et bouillant quand ils se retrouvent, en essayant de ne pas franchir les limites, que dès les premières pages, j'ai su que cette histoire allait me plaire. Malgré tout, Mavoungou, personnage fort et tellement touchant de cette histoire, se perd dans les bras de sa maîtresse, car, oui, il reste avant tout un homme aux besoins charnels. Tout s'écroule autour de lui quand il apprend que Bouhoussou est destinée à un autre homme... Homme très âgé, de la noblesse africaine et polygame, en plus. Mavoungou se rend compte qu'il ne fait pas du tout le poids face à cet homme au niveau du porte-feuille, du coup, ne peut rien faire et doit rester en retrait, voire s'effacer, et l'oublier tout simplement.
Quant à elle, justement, découvre ce qu'est << l'or des femmes >> une fois enfermée dans sa case, où toute jeune fille passant par là, est mise en quarantaine pour apprendre à être l'épouse idéale, entre ménages, cuisine et j'en passe, tandis que l'homme reste libre comme l'air. Son sort est scellé.
Pour ma part, j'ai adoré Mavoungou, son caractère et sa détermination. Il fait partie de cette nouvelle génération après le passage colonial, où il a pu évoluer parmi les blancs, aller à l'école, avoir un diplôme, un métier... mais avec les traditions bien ancrées en lui. Et pourtant pour elle, il est prêt à tout, à la voir en cachette malgré son mariage forcé, à continuer à l'aimer malgré tout. C'est terriblement beau, touchant, captivant et dur à la fois, car plus on avance, plus on espère pour eux.
Et même si l'auteure n'a pas vraiment approfondi le sujet ou en tout cas, a fait le choix de ne pas l'approfondir, elle l'aborde tout en finesse, seulement dans les contours, et met en avant cette difficulté à aller au-delà de cette coutume et les croyances ancestrales, pour avoir le droit de choisir pour soi. Tous les deux vont-ils réussir à se retrouver ? À braver les interdits pour enfin être ensemble ?
Entre une jeunesse révoltée et des anciens biens décidés à perpétuer les traditions (p24), deux paradigmes s’opposent de façon inouïe et rien ne semble les concilier. « Les traditions, c’est ce que nous ont légué les ancêtres et elles ne sauraient être contestées. Un enfant n’a pas à imposer sa loi ».
🔸Dans cette lutte intergénérationnelle où tous les coups sont permis ou presque, le dénouement semble plus que jamais compromis. Qui de Mavoungou ou de Ta Pouati aura le fin mot de l’histoire? MAMBOU AIMÉE GNALI nous plonge dans les coulisses d’une société Vili en effervescence.
🔶 𝘿𝙞𝙨𝙨𝙚𝙘𝙩𝙞𝙤𝙣: Dans une société où les libertés individuelles sont bâillonnées, seuls les hommes sont libres. Car, Bakala, Wola « L’homme c’est l’or ». Au pays Vili, la femme se marie, l’homme est libre pour ne pas dire polygame. Du berceau au linceul, la vie des femmes ressemble à un itinéraire préétabli dont les personnages, à l’image de Bouhoussou, découvrent petit à petit, les étapes du funeste destin qui les attend.
🔸Les plus subversives finissent le plus souvent enterrées vivantes tandis que les indésirables pour parler des femmes stériles (Ex : Nzinga; p44-45) sont marginalisées, discriminées. Dans cette intrigue lugubre, la très curieuse Pemba interroge, démystifie et surtout brise l’omerta sur le sort réservé aux femmes.
🔸 Elle livre au lecteur le témoignage renversant des sans voix, de celles qui ont choisi la résignation comme thérapie, celles dont le patriarcat a plongé dans un mutisme héréditaire, systémique. L’influence du catholicisme par le biais de l’école missionnaire éveille progressivement les consciences tandis que la décadence du pouvoir royal se poursuit. Bientôt, une nouvelle ère.
🔶 𝘾𝙤𝙣𝙘𝙡𝙪𝙨𝙞𝙤𝙣: Un roman assez court que l’on peut dévorer d’une traite tant il est saisissant et transgressif et dont la fin romanesque laisse place aux spéculations.
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Le début était un peu confusant mais finalement j'ai vraiment apprecié cette histoire. Avec une belle simplicité, l'auteure a parfaitement représenté le tiraillement entre la volonté de vivre pour soi et le souhait de suivre la culture/ faire honneur à sa famille. Bouhoussou a eu le courage de se choisir.
Il m’a fallu un peu moins de deux heures pour lire cet ouvrage. Une poésie exceptionnelle que je n’ai pas réussi à lâcher tant son emprise était forte. Une prose douce, délicate et témoignant des traditions sans préjugés, sans a priori mais en racontant les faits tels qu’ils sont transmis dans la tradition orale des communautés vili.