Dans un grand hôtel sans âge vit un homme singulier. Ayant tué le neveu d’un chef mafieux de Palerme, le voici assigné à résidence, condamné à attendre la mort dans cette prison dorée. Enfermé dans sa chambre, les salles de bal, de réception, les cuisines et sous-sols qu’il verra se faner et renaître, surveillé par les hommes qui le gardent au dehors et ceux qui, à l’intérieur, le dupent, le baron en lin blanc lime les jours en cherchant, entre ces centaines de murs, un semblant d’existence. Il puise son oxygène auprès d’Isabelle, la jeune femme de chambre dont la fraîcheur l’attire ; de Joseph, le barman auquel chaque soir il parle en s’enivrant ; de Matthieu qui, juché derrière le comptoir de la réception, connaît tout le monde et surveille chacun. Les jours passent entre joies volées à de rares clients (un jeune couple lumineux, un écrivain célèbre qu’on jurerait être Raymond Roussel), aventures précieuses, débauches provisoires, fêtes privées et trahisons secrètes. Inspiré d’une histoire vraie, ce roman sur un huis clos qui dure toute une vie prouve une fois encore l’incroyable talent d’Oscar Coop-Phane. Il y décortique les âmes de ses personnages et offre au lecteur la plus belle des évasions par la seule grâce des mots.
Stefano, baron et grand propriétaire, tue le neveu d’Autruche, chef d’une bande de mafiosi. Au lieu de se venger, ceux-ci décident d’enfermer Stefano dans un grand hôtel duquel il n’a pas le droit de sortir. Une cage dorée car Stefano a tout ce qu’il lui faut mais quand même, ce n’est pas une vraie vie. Les seuls contacts qu’il a, c’est avec le personnel de l’hôtel. En s’enivrant, il parle au barman, avec Mathieu le réceptionniste, il entretient une relation difficile et puis, il y a la femme de chambre, Marie, et son nièce Isabelle qui attire Stefano. La vie s’écoule lentement à l’hôtel et avec la mort d’Autruche, il y a soudain la possibilité d’un changement.
Oscar Coop-Phane a trouvé un endroit bien particulier pour l’action de son roman. L’hôtel est un monde refermé. Il y a ceux qui font partie du « décor » - le barman, la femme de chambre, le réceptionniste – et ceux qui apparaissent et disparaissent quasiment aussitôt. Cela permet d’avoir de courtes rencontres et des relations qui se développent lentement à travers des semaines et mois. Au centre du roman, nous faisons la connaissance de Stefano qui doit délaisser sa vie connue et adorée. Les longues marches dans les vignobles, le contrôle de ceux-ci et, bien sûr, la liberté. Il est étonnant comment il arrive à s’installer dans la nouvelle vie. D’autre côté, son besoin de contact avec d’autres gens, de vraies relations intimes est assez humain. Il souffre quand Isabelle quitte l’hôtel comme tout le monde souffre quand un amour ne se réalise pas.
Ce qui m’a vraiment plu, c’est la variation du point de vue narratif. Oscar Coop-Phane utilise un narrateur externe qui nous décrit ce qui se passe. Puis, il y a aussi le discours indirect libre qui nous permet de mieux connaître les pensées et les sensations des personnages. En plus, le manque d’action externe, comme tout se passe dans un lieu très limité, exige de l’auteur de créer des personnages qui attirent et qui sont intéressants – autrement, on ne continuerait pas la lecture. A ce point, Oscar Coop-Phane a vraiment réussi.
Il y a du Dino Buzzati dans le nouveau roman d’Oscar Coop-Phane. À la fois par son atmosphère et par sa dramaturgie, sans oublier la petite touche surréaliste et le côté un peu suranné du style. Davantage proche de sa nouvelle Sept étages que du célèbre Désert des Tartares, il nous propose de suivre l’existence peu ordinaire du baron Stefano. L’argument – j’allais écrire «de cette pièce» tant le côté théâtral est présent – est tiré d’un fait divers réel, celui d’un homme condamné par la mafia à ne plus sortir de l’endroit où il est assigné à résidence. L’acte I, pour continuer à filer la métaphore théâtrale, se déroule sur le domaine du baron Stefano où un jeune garçon perturbe la quiétude du propriétaire en tentant de lui voler des olives. Qui sans autre forme de procès l’abat d’un coup de fusil ! Ce qu’il ne sait pas, c’est que la victime est le fils de l’un des chefs de la mafia locale. En représailles, ce dernier décide de l’assigner à résidence dans un grand hôtel avec interdiction d’en sortir. Acte II : nous suivons le quotidien du baron dans la chambre de son palace et dans l’hôtel, de la réception au bar en passant par les ascenseurs et les couloirs, son périmètre autorisé. Il s’agit de tuer le temps, d’oublier la solitude. Parmi les récréations qu’il peut s’offrir, l’alcool et la drogue vont jouer un rôle non négligeable et accompagner le baron dans ses errances. Et si les clients passent et ne peuvent être qu’anecdotiques, le personnel va quant à lui jouer les premiers rôles. Le barman est chargé de l’approvisionnement de toutes ces substances permettant à son plus fidèle client de gagner des paradis artificiels ou à tout le moins, de voir la vie différemment. Outre cette fonction commerciale, il va aussi prêter une oreille plus ou moins attentive à Stefano, lorsque ce dernier est en mal de confidences. Le concierge va quant à lui se transformer en employé de Stefano. Il devient l’informateur officiel, pour ne pas dire l’espion, du baron. Il surveille les allées et venues, prévient en cas d’événement sortant de l’ordinaire et se charge de dresser la biographie des clients les plus intéressants, tel ce pensionnaire descendu à l’hôtel pour mettre fin à ses jours (et qui rappelle furieusement Raymond Roussel retrouvé mort dans sa chambre d’Hôtel à Palerme). Mais le rôle principal sera octroyé à Isabelle, jeune et belle serveuse de 17 ans, dont le baron aimerait qu’elle partage avec lui bien davantage que le petit-déjeuner qu’elle lui porte dans sa suite. Entre les pulsions de l’un et les rêves d’émancipation de l’autre, un contrat s’esquisse.… Acte III : Le baron est informé que le Parrain qui l’a condamné vient de mourir. L’heure de retrouver la liberté a-t-elle sonné ? Il serait dommage d’en dire davantage. Laissons au lecteur le plaisir de l’épilogue et revenons, pour conclure, à Dino Buzzati. Rappelons que l’auteur italien a eu l’idée d’adapter son roman en pièce de théâtre. Baptisée Un cas intéressant, elle a connu un joli succès, notamment en France où Albert Camus s’est chargé de la traduction et de l’adaptation. J’imagine que Mâcher la poussière pourrait connaître un destin semblable. À moins que le grand écran ne décide de s’octroyer les droits d’adaptation. Car ce roman ferait aussi un film formidable ! http://urlz.fr/4UUL
Ce livre ne s’est sans doute pas présenté au bon moment : je venais de terminer Un gentleman à Moscou avec un homme retenu toute sa vie dans un hôtel. Malheureusement, c’est également le propos de ce livre. L’homme est vieux (70 ans), riche propriétaire terrien et italien. Mais il n’a pas la classe du gentleman moscovite, et n’aime que trousses les soubrettes. Il décide de faire la conquête d’une jeune et jolie femme de chambre. Bof…. Le style ne m’a pas aidé à entrer dans l’histoire : je l’ai trouvé poussif. Une rencontre ratée.