"Comme tous les gamins d’Algérie, je vivais dans la crainte de ne pas être assez bon pour échapper au châtiment du Grand Méchant Allah. À l’école non plus, je n’échappais pas à la question. En classe, nous apprenions l’arabe en récitant le Coran. Pour lire le Coran, il fallait connaître l’arabe et pour connaître l’arabe, le Coran… un cercle arabo-islamo-vicieux. Je n’y entendais bientôt plus rien, ni à l’arabe ni au Coran… alors je recevais des coups de règle sur les doigts parce que je m’étais trompé pendant ma récitation de la sourate qui nous promettait l’enfer, elles nous le promettaient toutes. Je ne sais combien de fois reviennent les mots Djahanem et châtiment dans le Coran, mais c’est impressionnant. Tout le Livre tourne autour de ces deux mots : enfer et damnation." Ainsi débute le récit d'une libération, celle de l’auteur. Celui-ci finira par rejeter la religion de ses ancêtres, l’islam, se détachera de la nation où il est né et refusera tous les endoctrinements pour trouver refuge dans les livres et la littérature.
Je ne vais pas mentir. J'ai choisi ce livre pour son titre et le nom de l'auteur, à consonance arabe. Comme d'habitude, je n'ai pas lu la 4ème de couverture et je ne savais pas à quoi m'en tenir. Une agréable surprise.
Un peu plus tard dans ma lecture, en le rajoutant dans ma liste goodreads, j'ai vu que l'éditeur (Gallimard) avait rajouté un bandeau rouge indiquant : 'une leçon d'athéisme'. Heureusement, je l'ai lu en poche. Je ne crois pas que je l'aurais acheté, parce que je me méfie toujours de ceux qui publient ce genre de livres en France, quand ils sont arabes. J'ai l'impression que c'est un effort de caresser les éditeurs et les lecteurs dans le sens du poil. Leur servir ce qu'ils attendent : le dénigrement de la foi qu'ils détestent tous.
Pourtant, le livre est bien plus que cela. Entre autobiographie et essai, ce petit livre explore avec beaucoup de sincérité et de justesse des thèmes aussi importants que sensibles : la foi, ou plutôt sa perte. Oui, c'est dans le titre, et c'est présent dès les premières pages, tout au long du livre en filigrane. Mais pas seulement, il y a aussi (et surtout, je dirais) l'identité. Le questionnement sur la patrie, l'appartenance. Il y a cette relation d'amour et de haine par rapport à son pays d'origine, les facettes multiples que nous présentons à la société et notre capacité à les embrasser. Le livre donne aussi un aperçu de l'Algérie post-coloniale. C'est dur par sa sincérité. C'est rare de la part des écrivains maghrébins d'être aussi ouvertement critiques.
Il y a enfin la vie de l'écrivain, ses histoires de cœur et de cul. La partie que j'ai le moins aimée, car je ne voyais pas vraiment ce qu'elle apportait au récit. J'avais l'impression que c'était un ajout inutile.
J'ai apprécié la vulnérabilité affichée de l'écrivain mais aussi son arrogance par moments. J'ai aimé sa reconnaissance pour ceux qui l'ont aidé. J'ai beaucoup apprécié sa sincérité et sa plume.
Je ne sais pas pourquoi plusieurs ont réduit ce roman à la foi. Dès les premières pages, je me suis dit qu'il y a plusieurs écrivains irlandais qui ont perdu la foi suite aux maltraitances des prêtres, et personne ne fait de leurs livres une hymne à l'athéisme. Quand ce sont des catholiques, on sait voir la profondeur du texte et l'étendue des blessures. Quand ce sont des musulmans (ou ex-musulmans), c'est plus plat. J'étais ravie de voir, un peu plus loin, que l'auteur lui-même se reconnaît en Joyce.
C'est un beau livre, érudit, jonché de références littéraires, touchant, honnête. Je ne partage absolument pas l'avis de l'écrivain. Je suis croyante, je crois que tous les croyants ne sont pas fourbes, ne font pas semblant, ne sont pas endoctrinés. Tout comme tous les athées ne sont pas superficiels et insensibles. Il y a des ponts entre nous. Il y a l'humanité qui nous lie et ce petit livre doit être lu avec autant de bienveillance par tous.
Le titre m’a interpelée et c’est pour ça que je l’ai acheté. Toujours curieuse de lire les avis des uns et des autres sur la société arabe.
Les propos de l’auteur sont sincères, forcément c’est autobiographique… et empreints d’authenticité sur son vécu: la maladie, l’état de l’Algérie, sa vie en France, sa (non) foi et son choix de pouvoir l’assumer et le vivre… il s’autorise à être lui-même au delà des diktats de son pays natal et de la religion qui y est forcément associée.
Après l’avoir terminé je me dis qu’il aurait pu creuser un peu plus car au final le livre est assez court.
Je vais lire d’autres ouvrages de cet auteur au style moderne et au nombreuses références classiques au fil des pages.
Quand un écrivain utilise autant de références pour expliquer qu'il veut se suicider, ça fait un livre fatiguant.
"Je n'ai jamais manié une arme et n'en possède pas. Je n'imagine pas non plus me jeter sous un train comme Anna karenine ni avaler de l'arsenic comme Mme Bovary. Il suffit de lire la description de l'agonie de la pauvre Emma dans le roman pour se rendre compte que cest la pire méthode. Se pendre ? On met de nombreuses minutes avant d'expirer, pardon pour le mauvais jeu de mots. Se jeter sur une épée comme Caton d'Utique ? Pratique barbare et douloureuse. Pareil pour le seppuku, le suicide rituel japonais qu'utilisa Mishima."
"In order to free himself from the rigid, constraining sense of identity that was imposed upon him, the young Bachi had to distance himself progressively from the “hell and damnation” of his religious indoctrination." - Edward Ousselin
This book was reviewed in the Sept/Oct 2017 issue of World Literature Today magazine. Read the full review by visiting our website: