On m'avait "chaudement" recommandé Les Sirènes d'Alexandrie. Peut-être attendais-je trop de ce roman, peut-être me suis-je fait de fausses idées suite à la lecture d'une quatrième de couverture très prometteuse (ou tapageuse), ou peut-être suis-je davantage attirée par les polars plus musclés ou plus tape à l'oeil, qu'importe... Je n'ai pas été immédiatement "séduite" par ce roman qui se démarque totalement des polars habituels. Pas séduite mais pas déçue non plus car la plume de François Weerts est habile et incisive. L'ensemble est bien écrit, très bien écrit même, ce qui m'a encouragée (et je m'en félicite maintenant) à poursuivre ma lecture, à progresser, chapitre après chapitre, dans l'ambiance glauque et dérangeante des mystères de l'Alexandrie. Car c'est bel et bien de mystères dont il est question dans ce roman noir qui dérange. Dès les premières pages, l'auteur annonce la couleur et plante le décor. Dès les premières pages, le lecteur plonge dans un univers épais, gras, poisseux, où tout est trouble, comme les secrets qui entourent le bar de l'Alexandrie et le passé de Maurits Daillez, le grand-père d'Antoine. Les descriptions du quartier, en pleine mutation architecturale, de la vie nocturne et de sa faune bigarrée ne font que renforcer le malaise. Il y a dans ces pages une atmosphère incroyablement oppressante sur fond de montée de l'extrême-droite et de nationalisme flamand... Les personnages (surtout les femmes) sont attachants. L'intrigue est incroyablement bien ficelée. Tout est là pour faire prendre la sauce et pourtant, elle n'a pas pris pour moi, ou du moins, elle n'a pris qu'au 3/4 de ma lecture, là où l'histoire s'emballe, là où l'auteur se décide enfin à lever le voile sur les heures sombres d'une Belgique sous l'Occupation. J'aurais aimé plus d'action, c'est sûr. J'aurais aimé des révélations moins franches, distillées avec un peu plus de parcimonie comme pour "épargner" la flamande que je suis. Peut-être... Ce qui est sûr, c'est qu'en refermant ce livre, je n'avais plus vraiment envie de revendiquer mon sentiment d'appartenance à la communauté flamande. La vérité, sous cette lumière trop crue, n'est pas belle à voir et c'est certainement ce qui dérange le plus...