(3/5, I liked it)
J’ai décidé d’écouter la version audio (ICI, Radio-Canada), plutôt que de lire ce recueil. Entendre Serge Bouchard lire ses textes est une indéniable valeur ajoutée.
Ce recueil de chroniques a été publié en 2013. Il comporte plus d’une vingtaine de textes datant de la décennie qui précède. Comme pour ses autres publications du genre, on a regroupé les textes selon des thèmes apparentés. Ici, on a choisi : DES MORCEAUX DE VIE, DE LA GROSSE PEINE, LES MENSONGES et LE PAYS DE NOS ÂMES. La somme des chroniques se veut une biographie morcelée du vénérable anthropologue : son enfance, ses amours, ses études, ses emplois, ses enfants, vieillir.
C’est aussi une (parfois sévère) critique de la société moderne, de ses acteurs et de ses effets sur l’humain, sur l’environnement, sur les peuples autochtones. Et pour critiquer, Serge Bouchard ne se gêne pas. On pourrait dire de l’homme qu’il fait son âge tellement sa nostalgie prend de la place dans ses écrits. C’est parfois même aigre. Je peux comprendre que des lecteurs plus jeunes soient emmerdés par cela; c’est effectivement parfois agaçant de se faire répéter à quel point « dans le temps », c’était mieux. Serge Bouchard rejette la modernité et se conforte dans la pauvreté et la simplicité de sa jeunesse.
Pour avoir lu certaines de ses autres publications et pour l’écouter fréquemment à la radio, cela fait longtemps que je sais qu’il est comme ça. Aussi, qu’il déteste Pierre-Élliot Trudeau et certains autres politiciens d’avant et d’après. Qu’il est un amant de la nature. Qu’il se sent davantage prêt des autochtones que des ses congénères. Je connais aussi ses parents (une mère particulière, un père rêveur). Je connais ses deux partenaires de vie. Ses deux enfants. Je connais ses parcours académiques et professionnels. Je connais tant de choses de lui, mais je continue de vouloir le lire, de vouloir l’entendre, et ce au risque de le trouver chialeux, parfois même moralisateur. J’ai déjà écrit que « Serge Bouchard est un ANGRY WHITE MALE … mais pas nécessairement pour les raisons à la mode. » Je le pense encore.
C’ÉTAIT AU TEMPS DES MAMMOUTHS LAINEUX n’est pas son meilleur recueil, principalement en raison de l’inégalité de la valeur du matériel. Cependant, certains textes sont franchement impressionnants pour la qualité du récit, de la langue et par la puissance des émotions qu’ils éveillent. Lorsque Serge Bouchard fait la lecture du texte LA MORT EST UN CHAT, c’est triste à faire craquer. Les pauses qu’il doit prendre entre phrases où il décrit la longue maladie ayant affligé sa première compagne sont déchirantes.