« Il faut écouter les voix qui s'éteignent, les souffles ténus qui expirent. Des organismes qui disparaissent, des énergies qui se dissipent, des esprits ou des âmes qui rejoignent des divins inconnus. Des humains qui survivent et d'autres qui meurent. Soyez bons, écoutez-les. Ce sont des vies uniques, passées, prises au hasard de milliers d'autres. Toutes réunies au même endroit. Des disparitions, des souvenirs d'incertitudes, des cheminements vers des impasses obscures ; des fragments d'existences qui démontrent l'inanité des simplifications ultimes et réfutent les évidences trop faciles. C'est ici l'unité de lieu, la voie finale commune où convergent des destins qui n'ont entre eux aucun rapport flagrant. C'est là que s'entrelacent des destinées et se transmettent les expériences. Il n'y a rien à craindre. Il faut entrer, passer le sas, pousser les portes vitrées, suivre les flèches sombres dessinées sur le sol, elles vous dirigent. Vous y voilà ... Vous êtes en Réanimation... »
Il ne pouvait pas être dans le coma. Il ne l’était plus, il était ailleurs… Et il devait y avoir une bonne raison pour qu’il en soit là, réagissant par une rigidité rebelle à quelque chose de plus profond, un conflit, peut-être le refus d’une réalité insupportable. La raideur, les contractures rebelles, l’absence d’anomalies cérébrales objectives portaient un nom précis : la catatonie létale. Cela voulait dire qu’il était enfermé dans son propre corps et qu’il était conscient, et peutêtre bien depuis le début. Son pseudo-coma était une prison