"C'était le troisième jour que devait avoir lieu l'enterrement de Kostaki. Le matin de ce jour on m'apporta de la part de Smèrande un costume complet de veuve.
Smèrande, que je n'avais pas vue depuis trois jours, vint à moi.
Elle semblait une statue de la Douleur. D'un mouvement lent comme celui d'une statue, elle posa ses lèvres glacées sur mon front, et, d'une voix qui semblait déjà sortir de la tombe, elle prononça ces paroles habituelles :
- Kostaki vous aime .
Vous ne pouvez vous faire une idée de l'effet que produisirent sur moi ces paroles. Cette protestation d'amour faite au présent, au lieu d'être faite au passé ; ce " vous aime ", au lieu de " vous aimait" ; cet amour d'outre-tombe, qui venait chercher dans la vie, produisit sur moi une impression terrible.
En même temps, un étrange sentiment s'emparait de moi, comme si j'eusse été en effet la femme de celui qui était mort, et non la fiancée de celui qui était vivant. "
Touchant, n'est pas ?
Être ou ne pas être, fléchit tout aussi bien dans " to be or not to be", si l'on considère la résonance linguistique. Si nous parlons de style, nous avons la possibilité de remarquer qu'il conserve également sa substance, quelle que soit la nature de l'œuvre.
Pour être honnête, je ne savais pas que Dumas est aussi l'auteur de textes fantastiques, moins connus, qui forment un ensemble distinct dans sa production.
Dans ce cas, il s'agit des " Mille et Un Fantômes " - dont le titre n'est pas sans rappeler les célèbres " Mille et Une Nuits " narré par Shéhérazade.
Au lieu de donner la parole à un seul personnage, Dumas choisit de réunir plusieurs narrateurs qui prennent la parole chacun leur tour, pour conter une histoire étrange, entre fantastique et surnaturel.
" La Dame pâle " - est le dernier conte du recueil des " Mille et un Fantômes ", dans lequel il est intitulé " Les Monts Carpathes".
Bref, Dumas reprend l'histoire de Bram Stoker, reconvoquant l'univers gothique.
En choisissant ce thème du vampire, Dumas n'innove pas. Il s'inscrit plutôt dans une tradition littéraire déjà faite, et se place , donc, dans une lignée qui se perpétuera au fil de ce siècle romantique, pour aboutir à la constitution d'un véritable mythe littéraire.
Si ça vaut le coup ou pas, - cela reste à la discrétion du lecteur.
Personnellement, une chose que je n'ai pas aimé dans cette histoire, c'est la langue moldave mise dans la bouche de vampire, et ça dans le contexte où l'origine des vampires est bien connue, plus précisément en Transylvanie- Roumanie.