La question du voile revient régulièrement dans l'actualité, au Québec comme ailleurs, et suscite des discussions houleuses. Certains y voient un signe d'oppression et un symbole fondamentaliste. D'autres appellent plutôt à éviter les amalgames et soulignent que, parmi les femmes musulmanes qui portent le voile, la majorité le fait par choix.
Qui a raison? Qui a tort? Pour y voir plus clair, il faut d'abord reconnaître que le voile constitue une réalité complexe, prévient l'auteure. Pour en arriver à un débat plus serein, exempt de réponses simplistes, il faut absolument en explorer les dimensions historique, religieuse, culturelle et politique. C'est précisément ce à quoi s'applique Kenza Bennis, avec clarté et avec un constant souci de vérité, dans ce livre destiné à un large public.
Pour explorer la dimension proprement québécoise du phénomène, Kenza Bennis a choisi d'aller à la rencontre de Québécoises voilées et de leur donner la parole, elles que l'on entend si peu souvent. Elle a interviewé en tout 83 femmes, parmi lesquelles on trouve aussi des Québécoises dites «de souche» ainsi que des musulmanes non voilées.
Elle a tiré de ces confidences une série de «monologues du voile» - clin d'oeil aux célèbres Monologues du vagin d'Eve Ensler - qui illustrent les différentes réalités et perceptions des Québécoises. Ces témoignages inédits permettront de mieux connaître les femmes qui portent le foulard et la façon dont elles sont perçues.
Le but? Mieux se comprendre pour mieux vivre ensemble, rappelle l'auteure dans cet essai à la fois original, courageux et nécessaire.
Je ne mettrai pas les numéros de page des citation, comme j'ai lu la version électronique est que j'ai changé le format pour faciliter ma lecture.
Je savais que ce livre allait me toucher, mais je savais pas à quel point.
Je suis une personne qui respecte la décision des femmes musulmanes de porter ou non le voile, et qui défend leur décision lorsque j'entends des commentaires islamophobes de ma famille ou mes collègues. Certains témoignages, comme celui d'une femme plus âgée qui est convaincue que la femme voilée signifie le retour d'une religion oppressante, ou celui d'une mère qui tente de se convaincre qu'elle n'est pas raciste quand la seule caractéristique qu'elle utilise pour définir les amis de sa fille est leur pays d'origine, m'ont fait rager. D'autres, de musulmanes qui utilisent le voile comme protection ("[Le voile] est aussi une protection pour les femmes. On risque moins de se faire aborder dans la rue.") ou qui l'ont délaissé par épuisement ("Quand tu porte le voile, les gens, ils te regardent pas, toi. C'est pas toi qu'ils jugent. Tu deviens comme un drapeau de l'islam. Tu représente l'islam au complet."), m'ont attristée.
C'est impossible de lire ce livre et ne pas être touché par les témoignages de ces femmes qui vivent toutes l'islam d'une façon différente. Il y a encore tellement de préjugés, de stéréotypes et d'incompréhension sur cette religion qui est pourtant l'une des plus pratiquées au monde. Et cette histoire de voile a été tellement politisée qu'on en oublie que le voile était d'abord un signe religieux chrétien: "[l]a connotation religieuse associée au voile voit le jour au début de l'époque romaine chez les chrétiens." Aujourd'hui, on l'utilise comme porte-étendard de la régression du féminisme et de l'inégalité hommes-femmes, quand ce n'est pas du tout ce qu'il représente ("la réalité est à l'inverse des stéréotypes de femmes voilées opprimées et soumises. La grande majorité des femmes qui portent le voile le choisissent.")
Au final, on a encore beaucoup de travail à faire. Pas parce que les femmes voilées sont synonyme d'oppression misogyne, mais parce qu'elles sont trop souvent victimes de xénophobie de la part d'Occidentaux qui veulent tellement se convaincre qu'ils sont mieux que les autres qu'ils en deviennent violents. Que quelqu'un m'explique comment les gestes suivants, rapportés par les femmes musulmanes qui portent le voile, nous aident à avancer et à devenir une société plus juste et égalitaire: "Les femmes [voilées] rapportent plusieurs sortes de manifestations hostiles: regards agressifs ou méprisants, insultes [...], crachats, bousculadees, agressions physiques (tentatives d'arracher le foulard), commentaires xénophobes". Parce que je ne la voie pas cette égalité.
Ce livre devrait être lu dans les écoles. Il devrait être enseigné et expliqué, pour que les prochaines générations arrêtent d'agir comme leurs parents, avec une phobie de la religion qu'ils utilisent comme bouclier contre l'inconnu. Les musulmans ne sont pas tous des terroristes, et les femmes qui portent le voile ne sont pas toutes opprimées. Au contraire, il faudrait plutôt se pencher sur le vrai problème qui plague les femmes au Québec: la violence conjugale. Vous voulez vous consterner de la misogynie et de l'oppression des femmes en société? Regardez les statistiques de violence conjugale chez nous. On est loin d'être parfaits, et on devrait peut-être régler nos propres problèmes avant d'en créer d'autres avec des gens qui ne cherchent qu'à vivre leur religion et leur culture en arborant une pièce de vêtement tout à fait banale.
Wow! Je crois que cet ouvrage est une lecture magnifique pour se forger une opinion en ayant en main les deux côtés de la médaille. Je vais très certainement le recommander aux gens de mon entourage! Encore bravo!
Ce livre est à mettre entre les mains du plus grand nombre de Québécois possible. Kenza Bennis réussit à simplifier et à vulgariser un sujet extrêmement complexe - le port du voile chez les musulmanes (et même la question de l'Islam en soi, ses origines, ses principes, valeurs et différents courants) - et à donner accès à une pluralité d'opinions et de voix. Le voile n'est pas automatiquement signe de soumission. Il est porté pour plusieurs raisons et Bennis réussit à bien mettre en relief ces raisons. Les portions témoignages sont vraiment captivantes - et l'auteur a interrogé un échantillon intéressant et diversifié de femmes - et sont appuyées sur des portions plus informatives où l'on retrouve faits et statistiques. L'ensemble permet à la personne qui s'intéresse à la question du voile, notamment au sein de la société québécoise, d'avoir une meilleure compréhension et perspective des enjeux. Kenza Bennis apporte les nuances nécessaires et le fait de façon objective. C'est un petit essai qui se lit rapidement, qui est accessible et dont la lecture pourrait grandement contribuer, je crois, à améliorer le vivre ensemble au Québec.
Ce livre m'a aidé à comprendre, d'une part, les diverses motivations de celles portant le voile, et, d'autre part, les diverses motivations des opposant·es au voile.
Dévoré en quelques heures, cet essai est un pur bijou. Chaque chapitre porte sur un sujet précis (le voile dans l’Histoire, que dit le Coran, le choix, etc.) et débute en présentant des éléments factuels sur ce sujet. Par la suite, on donne la parole aux femmes. J’ai trouvé cette structure absolument parfaite, permettant d’avoir une information des plus objectives, nuancée par la réflexion et le vécu des femmes. J’ai vraiment apprécié que les paroles des femmes rapportées dans le livre ne soient pas toutes positives, par rapport au voile. Il y a une belle variété opinions, nécessaire pour nourrir notre réflexion et pour donner encore plus de crédibilité à l’ouvrage. J’ai terminé ma lecture en n’ayant pas de parti pris, mais avec de nouvelles connaissances me permettant de me faire une meilleure idée de la situation. Et c’est ce que j’apprécie des essais. Si le sujet vous intéresse, ou que vous souhaitez alimenter votre réflexion sur le port du voile, c’est un livre à lire absolument.
Livre intéressant qui jette un oeil sur le port du voile. Les témoignages étaient intéressants, mais les explications entre ceux-ci devenaient quelque peu redondants. Je suis simplement déçue que ça ne ressemble aucunement aux monologues du vagin.
Very interesting look on various perspectives relating to the Muslim veil in Quebec. The author starts each chapter with testimonies from women of different age, ethnicity, and religious backgrounds. The testimonies are candid, and really help the reader understand the nuanced views of the veil on a personal level.
The series of testimonies is followed a dialogue created by the author about various academic sources on this topic.
It had my attention the whole time, it is extremely relevant. It is just the right length to get its message across without boring the reader.
Un livre important dans une société qui va débattre du nouveau la question des signes religieux. Ce débat est souvent déchirant et les femmes musulmanes deviennent rapidement des cibles. Plusieurs personnes parlent pour elles sans les rencontrer et les connaître. La force de ce livre est les entrevues que Kenya Bennis a fait avec les femmes musulmanes. Certaines portent un hijab, d’autre ne le font pas. Bennis a trouvé une grande diversité d’opinions parmi ces femmes concernant les raisons qui one amené ces femmes à se voiler. Une lecture enrichissante.
Superbe ouvrage où s’entrelacent des témoignages fictifs bâtis à partir d’entrevues avec de vraies femmes (musulmanes ou pas et qui portent le voile ou pas) et un commentaire sur la perception du voile au Québec soutenu par l’avis d’experts. Si ce livre nous démontre une chose, c’est que les femmes qui portent le voile le font pour des raisons diverses et qui leur appartiennent. Certaines décident de le mettre, d’autres de l’enlever, et c’est ce qui est bien : que le choix leur revienne.
« Le voile doit être un choix spirituel, que chaque femme doit faire en toute liberté, poursuit-elle. On doit s’insurger aussi bien envers l’obligation de le porter que celle de l’enlever, c’est la même logique totalitaire. »
Une lecture nuancée qui donne la parole à plusieurs femmes ainsi qu’à différent•es expert•es. Je recommande!
(Cet essai a été publié en 2017, tristement la liberté de choisir des femmes de porter ou non le voile n’est maintenant plus la même au Québec suite à l’adoption de la Loi sur la laïcité de l’État(Loi 21) en 2019.)