Le suspense initial, celui de connaître les circonstances ayant mené aux gestes fatals du père, devient, le temps de quelques centaines de pages, secondaire. Le jeune homme fuit la forêt, pourchassé par les policiers, laissant derrière son père, mort quelques instants plus tôt. Dans sa fuite, il sera accueilli par Tison, un reclus gardé vivant par ses livres et portant (littéralement) en sa chair le douloureux souvenir du passé, soustrait par les flammes, flammes qui ont fait fondre son cœur et son visage.
C’est par l’égard commun voué aux livres et par la compréhension du poids de la mémoire que les deux hommes vont apprivoiser le présent pour se libérer du passé. La méfiance du début est rapidement remplacée par un respect mutuel, puis par une confiance balisée et, néanmoins, libératrice.
La quatrième partie nous ramène de plein fouet dans l’intrigue du début. Autre manipulation habile, efficace et satisfaisante de l’auteur.
Celui-ci utilise un amalgame de poésie, d’ellipses narratives, de cliffhangers, de structure théâtrale, de huis clos pour conduire le lecteur dans l’univers fermé de Paris-du-Bois. Certains personnages secondaires deviennent, le temps de quelques passages, aussi importants que les personnages principaux. C’est avec eux, et par eux, que se bâtit le bagage porté par Alexandre, celui qui s’enfuit.
Une vibrante lecture.
« … évacuant du monde la douleur – d’abord physique – qu’endure le garçon, dissipant aussi la prégnance de la mort du père, comme si chaque phrase lue étouffait le disparu, l’enfonçant dans une tranchée sans écho, comme si, quelque part dans le tombeau blanc d’un alinéa ou dans le vide d’un pied de page, étaient ensevelis son corps crevé comme une outre et son image implosée. Chaque phrase devient une nouvelle façon de faire son deuil. »