Convaincus de vivre dans une société désormais soumise au règne des femmes, des hommes s'emparent aujourd'hui des instruments de la protestation minoritaire pour revendiquer une place qu'ils auraient perdue. Emblématique de ce mouvement, la « Communauté de la séduction » entend réhabiliter la masculinité en façonnant des séducteurs d'exception : des coachs à l'audience grandissante dispensent à des hommes en quête d'accomplissement des techniques de développement personnel réputées pouvoir transformer, selon la hiérarchie d'excellence du groupe, n'importe quel « looser » en « alpha mâle ».
Mélanie Gourarier restitue ici l'ethnographie de cette confrérie d'un nouveau genre. Des forums et sites Internet de la Communauté aux ateliers organisés par ses mentors, en passant par les rues et les bars où ses membres poursuivent leur formation de « terrain », elle interroge la « crise de la masculinité » à laquelle ceux-ci s'emploient à remédier. Pourquoi l'aptitude à séduire les femmes s'éprouve-t-elle entre hommes ? Quelle masculinité désirable les apprentis séducteurs projettent-ils en se mesurant à l'aune de leur pouvoir de conquête ? À travers l'enquête apparaît un masculinisme inédit, opposé aux femmes comme aux hommes « sans qualités ».
Mélanie Gourarier est anthropologue. Elle a notamment publié Niki de Saint-Phalle. Le jardin des Tarots (Actes Sud, 2010).
En plongeant dans cet ouvrage, on a l'impression de plonger dans une fiction tant cette Communauté de la séduction paraît irréelle, alors qu'il s'agit bien d'une étude sociologique. En tant que féministe, on s'imagine avoir tout vu (ou presque) de la misogynie dont sont capables les hommes. On reste surprise à chaque fois. J'éprouve énormément d'admiration pour l'autrice, qui a étudié cette Communauté pendant plusieurs années, se plongeant dans leur univers et ayant à écouter leur manière de parler des femmes. Car oui c'est extrêmement misogyne, quand bien même ces soit-disant apprentis séducteurs caractérisent leur activité de "développement personnel". Comme l'aura conclu l'autrice, il s'agit bien d'apprendre à se contrôler soi pour ensuite mieux contrôler l'autre, ici les femmes. Je ne pouvais pas m'empêcher de faire des grimaces à chaque témoignage d'une mauvaise foi inouïe qui disait que "l'égalité était maintenant atteinte". Il suffit de diriger son attention vers journaux et infos pour se rendre compte de la réalité, entre féminicide chaque semaine, viols, agressions sexuelles, harcèlement, etc. Donc oui la lecture n'était pas facile par moment, mais elle est nécessaire. Nécessaire pour savoir ce que trament les misogynes, pour mieux se protéger en tant que femme. En dernier lieu, bien que ce n'était pas l'objet de l'ouvrage, on reste un peu sur sa fin quant à ce qui se passe du côté des femmes victimes de ces séducteurs. Obtenir leur témoignage aurait été intéressant.
Très intéressant. Je le recommenderais à toute personne hésitante à le lire, avec le content warning que plein de moments et citations sont violentes dans leur misogynie. Au-delà de conforter toute féministe sur la misogynie des hommes, j'ai aussi trouvé tout le propos autour de la "ruse hégémonique" de la "crise de la masculinité" pour mieux perpétuer la dominance de la masculinité hégémonique super intéressante. J'aurais aimé plus de développement sur ce point, surtout en lien avec "le reste des hommes" puisque cette "Communauté" n'est qu'un ton d'un continuum de masculinités misogynes, et pas la plus extrême malheureusement. Je dirais même que cette "Communauté" chevauche significativement le mainstream et ça fait peur.
Excellent essai sur les communautés de séducteurs ou pickup artists. Cet essai a ouvert les portes d'un autre monde et j'ai juste eu 'a little peak at it'. I want moooore.
Melanie Gourarier présente ses recherches doctorales sur une communauté de séduction masculine, après avoir été en immersion pendant plusieurs années.
Le propos est super intéressant dans la manière dont elle décortique la façon dont les séducteurs se construisent et se reproduisent. J’ai adoré les passages où elle montre que, finalement, le mascu ultime est celui qui ne couche pas avec les femmes, qui est au-delà de ça…
L’enquête a dû être super difficile à endurer, les propos restent ultra violents et misogynes. Chapeau à la chercheuse !