Cet ouvrage, que Françoise Vergès elle-même décrit comme « un acte de réparation historique envers des femmes des Outre-mer racisées, méprisées et exploitées », part d’un événement méconnu – et volontairement tu – de l’histoire postcoloniale française : la campagne d’avortement et de stérilisation forcée des femmes réunionnaises menée par l’Etat français au nom de la « surpopulation » dans les années 1960, alors même que l’avortement était encore illégal et que toute incitation au contrôle des naissances restait taboue en métropole. L’autrice part de ce fait pour analyser le passé colonialiste et esclavagiste de la France et mettre en lumière la politique postcoloniale, raciste et patriarcale menée par l’Etat français depuis les années 1960. Au-delà, c’est toute l’histoire des oppressions de classe, de race et de genre du monde occidental à l’égard des populations anciennement esclavagisées et colonisées qui est examinée ici. Et, contrairement à ce que les nations occidentales aimeraient croire, la question coloniale et le racisme structurel qui en découlent sont loin d’être clos.
L’autrice ne manque pas, au passage, de pointer du doigt le rôle des mouvements féministes blancs, bourgeois et universalistes, dont la cécité à l’égard de la situation des femmes réunionnaises a été frappante. Un féminisme blanc qui, encore aujourd’hui, peine à développer une perspective intersectionnelle qui prenne en compte les oppressions particulières dont sont victimes les femmes racisées. Un féminisme à repolitiser et qui, selon Françoise Vergès, ne saurait exister sans être également anti-impérialiste, antiraciste et anticapitaliste.
Bref, un livre remarquable.