Quatrième de couverture: «Les volets de la chambre étaient déjà fermés, les rideaux tirés, le lit impeccable. Des fleurs sur la table de nuit. Elle m'a dit de me déshabiller. Elle a enlevé sa veste de tailleur et a fait glisser sa jupe le long de ses jambes. Je me suis retrouvé tout nu devant elle, petit garçon laissant volontairement pendre mes mains tremblantes pour protéger mon sexe de son regard qui semblait me transpercer. J'éprouvais à la fois un désir irrépressible de lui faire l'amour et de la répulsion en découvrant son ventre, ses cuisses ceinturées par l'armature du porte-jarretelles, cette partie du corps affriolée de soie, ces dessous que, dans l'embrasure d'une porte mal fermée, j'avais parfois, malgré moi, entrevus sur le corps de ma mère.»
Philippe Vilain m’inspire essentiellement de l’antipathie. Qu’il puise dans la veine autofictionnelle, comme ici, ou dans un registre superficiellement romanesque, on retrouve dans ses alter ego ce mélange de veulerie, d’indécision, de médiocrité, qui laissent immédiatement froid face aux émotions qu’il voudrait partager.
Le mal-être ici est rehaussé par le fait qu’il entrait alors en littérature par la narration de ses amours avec Annie Ernaux, dont l’identité n’est pas même cachée. La soif d’exister par elle, faute d’en avoir pour soi l’ossature, le talent, la force de vivre, en est d’autant plus flagrante. La seule décision que le narrateur prendra finalement dans cette relation, sinon celle, bien timide, des premiers échanges épistolaires, sera celle de la rupture – laquelle n’est pas tant une volition qu’un coup de sang résultant d’une jalousie puérile.
Vilain paraît passer davantage de temps à faire la cuisine et à dépoussiérer son intérieur qu’à baiser. Je n’ai jamais lu un récit contemporain aussi peu érotique, un auteur aussi peu viril. Une fellation y a autant d’intensité qu’un reprisage. Le français est bien sûr passable, mais loin de transcender la pauvreté du tout. On y trouve même quelques coquilles, ce qui dans une collection de Gallimard fait frémir.
J’eusse aimé que l’autofiction française me proposât avec Vilain une figure digne d’intérêt ; ça n’est, trois récits plus tard à travers l’œuvre, toujours pas le cas.