Au bout de 40 pages, rien ne présageait que ce roman allait devenir un vrai coup de coeur.
Dès le début en effet, j'ai été déroutée par le langage utilisé par le narrateur, à la fois familier et archaïque, et il faut un petit moment pour comprendre pourquoi il s'exprime de cette manière. Qui plus est, on entre directement dans un monde de violence et de brutalité terribles. Ce petit livre est en effet l'histoire de la vie du fils Courge, un jeune homme élevé par un père psychotique et abusif en pleine forêt, loin de la civilisation. Le garçon subit de véritables tortures de la part de son père. Puis un jour, il va faire une rencontre qui va bouleverser sa vie.
Contre toute attente, ce roman parle avant tout d'amour. Le langage, si particulier voire repoussant de prime abord, dessert au final merveilleusement le propos de ce jeune garçon en manque d'amour. Il permet à la fois de prendre de la distance sur les horreurs perpétrées par le père et de parler avec une réelle poésie du sentiment, de la vie et de la mort, de la place dans le monde. Uniquement visité par des fantômes muets, le jeune garçon essaye de comprendre ce qui l'entoure, les crises de son père, la vie après la mort. Il porte un regard naïf et brut sur les choses, sur l'amour, et c'est bouleversant.
Ce livre est aussi un sublime plaidoyer pour le language, le vocabulaire.
C'est un véritable ovni littéraire, trop halluciné pour laisser indifférent, plein d'une innocence désarmante. Très court, c'est l'équivalent d'une petite bombe, qu'il faut absolument prendre quelques instants pour découvrir.